Versus : contre. Ce mot condense l’énergie féroce qui parcourt le théâtre de Rodrigo Garcia, la stratégie poétique au coeur de son écriture depuis Fallait
rester chez vous, têtes de noeud. Des images contre la surabondance d’images, des corps contre le formatage des corps, des mots contre le langage dominant, les symboles de
la consommation de masse; une entreprise de démolition joyeuse, à laquelle peu de valeurs morales ou esthétiques résistent.
La scène est pour Rodrigo Garcia le moyen de mettre le texte à l’épreuve d’un réel éclaté. Il ne s’agit pas de le jouer, mais de l’injecter comme un virus attaquant les
illusions de la représentation. Charnel, percussif, entraîné par la répétition, l’invective, le verbe peut resurgir sur un écran, dans des bouches pleines, lors d’un corps à
corps, d’une chanson. Le dispositif scénique se fait le catalyseur des contradictions qui traversent l’écriture : au centre du plateau, des livres – qui seront maltraités,
dispersés, piétinés. Autour : un écran vidéo, des instruments, tour à tour utilisés pour bousculer notre perception du monde ou la saturer.
Dans Versus, tout peut commencer en parlant de pizzas, de foot, et soudain entrer en collision avec l’Histoire, rencontrer Goya, Franco, un singe, regarder un joueur de
tennis et entendre parler d’amour, boire une bière et évoquer les relations entre humiliation et économie : « car nous voilà confrontés, en solitaire, à des
instants toujours incomplets, à des réalités énigmatiques ».
Production : Sociedad Estatal de Conmemoraciones Culturales
© christian Berthelot