Spectacles
Vaidinant auką (Dans le rôle de la victime)
Le théâtre d’Oskaras Korsunovas
Korsunovas, en 1999, prônait un « langage théâtral moderne assorti au rythme du jour présent, créant le mythe de l’homme moderne et provoquant le spectateur vers une mutinerie possible, une action possible et une autre vie possible ». Cela rappelle beaucoup la position d’Artaud, l’un des auteurs préférés de Korsunovas. Cette position peut-elle être considérée comme réaliste ou proche du réalisme théâtral ? Probablement pas. Korsunovas est homme de théâtre jusqu’à la moelle. Par conséquent, les personnages de ses pièces et les pièces elles-mêmes subissent une métamorphose paradoxale : les « ombres » drastiques de situations quotidiennes sur scène se développent en généralisations métaphoriques, le réalisme quasi photographique se transforme en un réalisme symbolique et abstrait, et la définition d’un espace social devient de la création de mythe. Là se tient certainement le secret de la popularité de la dramaturgie néo-réaliste : certains metteurs en scène l’utilisent comme étendard de la critique sociale et instrument actif de la lutte ; d’autres l’emploient pour diagnostiquer les maux de la civilisation ; d’autres enfin l’utilisent comme un matériau de création de nouveaux outils d’expression théâtrale et d’interprétation. Je classerais Korsunovas dans ce dernier groupe, bien qu’il soit lui-même convaincu que ses pièces renferment la mission extrêmement importante d’apporter de la pertinence aux problèmes de notre temps. …
« J’ai toujours été intéressé par un certain aspect du théâtre : la possibilité d’exprimer ce qui ne peut pas être transmis par les mots, et créer une mystérieuse
communication interne entre le public et la scène. Sur le plateau, la divergence entre les mots et l’action, tout comme entre les mots et les
images, est très importante pour moi. Cette divergence facilite l’émergence de nouvelles significations.
L’expression visuelle, le mouvement et la chorégraphie sont employés eux aussi dans le but de faire émerger un autre espace de significations qui communique activement avec le
public lors de l’interprétation des mouvements et des mots. C’est cela, je pense, qui constitue le vrai théâtre ». Oskaras Korsunovas. …
« Le théâtre m’intéresse quand l’imagination collective se met à fonctionner. Le théâtre n’est pas un art fixe comme la sculpture. Le théâtre ne crée pas de tableaux. C’est un spectacle vivant. Les idées que je propose doivent prendre vie. Si cela ne se produit pas, c’est qu’elles n’étaient pas bonnes. L’imagination collective génère une pièce, qui à son tour est présentée à l’imagination collective du public. Les spectateurs représentent un certain modèle de société, une certaine communauté qui prend part à la "conspiration" collective ». Oskaras Korsunovas
Extraits de l’article « Un théâtre des signes du temps » de Rasa Vasinuaskaité,
In Le théâtre d’Oskaras Korsunovas, Entretiens et articles,
Rassemblés par Rasa Vasinauskaité,
Éditions Presses universitaires de Caen, 2003.