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Présentation

«Je ne suis venu au monde que pour écrire
Une trop bruyante solitude.»
Bohumil Hrabal

Il était une fois un petit homme dont le métier était de pilonner les livres : Hanta, comme Sisyphe, est condamné à compresser une montagne de papier et tous les jours par le soupirail de sa cave se déverse une autre montagne de papier. Il est condamné à détruire les signes de la culture pour laisser place au vide.
Hanta écrase tout en vrac, la culture (les livres de Socrate, de Kant, de Goethe et des reproductions de peintres comme celles de Van Gogh ou de Matisse..) et les rebuts les plus repoussants, papiers sanglants de boucherie et vieux journaux détrempés.

Hanta écrase, pulvérise ce qui n'est plus rentable, ce qui n'a plus aucun intérêt économique, ce qui embarrasse, le génie et le talent en même temps que les papiers sanglants de boucherie ou les vieux journaux. La société ne faisant aucune différence quand elle juge que les choses n'ont plus de valeur.

Cette hécatombe nous rappelle certains brasiers de l'inquisition et de l'époque nazie. Seule varie la méthode employée.
Hanta, le paria, le sans grade, essaie de sauver le maximum de livres précieux en les soustrayant à la destruction et en les rapportant chez lui où, au-dessus de son lit à baldaquin, ils sont une menace pour sa vie. Avec les livres qu'il ne peut sauver, lui, le dernier rempart de l'humanité, crée un art ultime et éphémère, un art basé sur la fabrication de paquets de papiers comprimés (paquets destinés à être détruits peu après) qui renferment comme des sarcophages un livre précieux, et sont entourés de reproductions de grands peintres. Lui, le dernier humain, inventeur de la compression de déchets avant toutes les avant-gardes, lui, l'éboueur, s’instruit et pense, mais comme le condamné qu'il est, il ne peut que se soumettre ou mourir. A travers le récit de cet homme condamné à écraser dans sa presse hydraulique du vieux papier d'emballage, de boucherie ou des chefs d'œuvres de la littérature, Hrabal expose sa vision désabusée du monde après Auschwitz, le tout dans un style simple et pur qui n'emploie jamais les armes du drame et des larmes ni celles de l'anathème, mais le regard et le sourire désabusés du clown triste :

«Par delà ces repères, Hrabal nous livre, à travers le monologue de Hanta, une histoire essentielle, un bloc de vie comprimé sur un nœud de vide, la plaie merveilleuse et atroce d'un destin anéanti ! A l'image même de ces cubes de vieux papier que Hanta confectionne sur sa presse. Marginal à cause de sa fidélité aux valeurs d'un monde donné pour révolu, aux valeurs de la vie digne et respectée, il fait le métier des marginaux, qui est de s'occuper des déchets, et ainsi, par un retour ironique des choses, c'est lui qui est chargé de liquider ce qui est infiniment précieux pour lui mais dépourvu d'intérêt et de prix pour la société : les oeuvres de l'esprit humain.
Le dernier civilisé ne doit servir qu'à balayer les derniers pauvres restes de sa propre civilisation.
La destruction ne touche ici que les signes et leur support, mais les tâches que doit accomplir contre sa propre vie le démolisseur forcé ne font que prolonger, sur le plan symbolique, le travail sale autrement terrible auquel les bourreaux contraignaient les prisonniers des camps de concentration pour les faire coopérer à leur propre mort. Et c'est bien Auschwitz qui reste présent dans l'être le plus intime de Hanta, brisant ce ressort vital que Hrabal place au-dessus des autres : son ressort érotique.
Chez Hanta, l'érotisme semble éteint ; il renonce même à de tristes étreintes, impuissantes à lui faire oublier cette douleur qu'il a portée toute sa vie : la disparition de la femme qu'il a aimée dans sa jeunesse, la petite Tzigane qui un jour n'est pas revenue parce qu'elle avait été arrêtée et déportée.»

Vaclav Jamek


Note de mise en scène

L’adaptation pour le théâtre d’ Une trop bruyante solitude est réalisée par Béatrice Moulin.
Le spectacle propose un rapport intimiste avec les spectateurs. La salle René Lesage dont la capacité est limitée à 50 places se prête tout particulièrement à ce rapport de proximité : il faut que le spectateur ait l'impression d'être avec Hanta, le personnage d’ Une trop bruyante solitude, sur son lieu de travail, dans sa cave, et de partager son destin. La scénographie, réalisée par Emmanuel Brouallier mettra acteurs et spectateurs dans un même espace indissociable.

Une création sonore accompagnera la représentation : une ambiance, des sons étouffés qui viendraient de la rue jusqu'au fond de la cave. Les bruits de la cave.