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Présentation

La troisième saison du Piccolo

C'est la troisième année que Le Piccolo de La Comédie de Saint-Etienne part sur les routes de la Loire et de la Haute-Loire pour rencontrer de nouveaux spectateurs. Le projet de décentralisation sur le territoire de La Comédie de Saint-Etienne s'installe petit à petit dans le paysage culturel rhône-alpin et devient une référence au niveau national. Le cœur de ce projet est un spectacle créé pour l'occasion dans un espace spécifique – Le Piccolo - théâtre ambulant que l'équipe de La Comédie monte dans les salles municipales ou les gymnases d'une quinzaine de villes partenaires.

Cette année, Jean-Claude Berutti et François Rancillac ont demandé à Philippe Zarch d'être le chef de la petite troupe. Ce dernier a accepté de travailler sur le texte commandé à Gilles Granouillet, exprès pour le Piccolo. Il s'agit, en effet, dans cette aventure, de faire entendre sur le territoire ligérien des textes contemporains. Après Ionesco et Brecht, il était donc logique que la direction de La Comédie sollicite l'auteur stéphanois associé au centre dramatique national.

Pour constituer l'équipe de comédiens du Piccolo, Jean-Claude Berutti et François Rancillac ont réuni autour de Jean-Pierre Laurent les quatre jeunes de la troupe de La Comédie. Shams El Karoui, Lou Wenzel, Jonathan Couzinié et Hugues Chabalier, sortis de l'Ecole du centre dramatique la saison dernière, font partie des neuf comédiens en résidence et l'aventure du Piccolo leur donne l'occasion d'être réunis autour de ce beau projet. Ils donnent rendez-vous aux habitants des communes partenaires au cours des lectures prévues quelques jours en amont des représentations.

La résidence de création se fera cette année en Auvergne à Raucoules avec le soutien de la communauté de communes du pays de Montfaucon. Durant trois mois, de Riorges au Chambon-sur-Lignon, en passant par Chazelles-sur-Lyon, Feurs ou Saint-Just-Malmont, toute l'équipe de La Comédie se fera un plaisir d'accueillir les spectateurs curieux ou passionnés dans ce beau Piccolo.

En route…


Pourquoi j’ai écrit une comédie ?

Quel est l’imbécile qui a décrété un sombre matin que la comédie traitait de choses légères ? Quels sont les moutons suiveurs qui ont propagé cette parole malheureuse comme peste ou choléra ? Mensonge ! Mensonge ! La Comédie ne nous parle que de choses graves !!! Mais elle le fait d’une façon légère. Parce qu’elle est bien élevée, la comédie, elle ne veut pas pontifier, ennuyer, assommer, alors, par pudeur, elle s’est associée au rire pour nous éviter de sombrer.
Quoi de plus dramatique que la faim ? Que d’avoir tellement faim qu’on en arrive à imaginer l’autre en poulet prêt à cuire ? Pourtant n’est-ce pas là une des scènes les plus drôles du cinéma de Chaplin ? Quoi de plus pathétique que ces couples petits bourgeois coincés entre les convenances et leurs folles envies d’aller voir ailleurs ? C’est pourtant bien sur ce sujet que Feydeau a consacré la plus grande partie de son œuvre.

Les grands anciens ne s’y sont pas trompés : tout est dans la manière de le dire. Tragédie et comédie ne nous parlent de rien d’autre que de la triste condition humaine. Les routes se séparent avec la manière de nous la montrer.
En écrivant Une saison chez les cigales, comme toujours dans mes pièces, j’ai eu en tête cet aller-retour entre ce qui se dit et la façon de le dire. Puisque la pièce nous parle d’une jeune femme à la recherche de sa famille perdue dans les péripéties de la triste vie des clandestins, je n’ai pas hésité : il fallait appeler le rire à la rescousse ! Ne pas pontifier, ennuyer, assommer ! Mais garder la distance de l’humour… qui est aussi celle de la pudeur.

Une saison chez les cigales retrace une année de la vie d'une famille de clandestins fraîchement débarqués en France. Ecrite sous le signe du souvenir et du retour, elle a pour figure principale le personnage d'Anna qui revient dans la cave où elle a passé une partie de son enfance avec son père et sa grand-mère, tous deux disparus, et qui l'ont laissée orpheline en terre étrangère. C'est à la question de l'abandon, de la disparition, qu'elle est venue chercher, quinze ans plus tard, une réponse. Pour l'aider, et parce qu'ils sont invoqués, les fantômes sortent de terre pour lui faire revivre cette folle année.

Les quatre saisons de cette vie clandestine nous invitent à un voyage dans ce monde souterrain au sens propre comme au sens figuré. Seul moyen de subsistance, le chant : don partagé par toute la famille qui les emmène dans des situations surprenantes… dans lesquelles on peut voir une peinture acide de la société française actuelle. La fable se lit aussi avec un certain suspense sur le pourquoi de ces disparitions… de quoi tenir le spectateur en haleine, je l’espère…

Gilles Granouillet
L’auteur


Premières notes


Août - Septembre 2005

C’est un spectacle sur un temps arrêté.
Celui compris entre la sortie et le retour du fils du Chinois. Sortie et entrée qui ouvre et clôt le spectacle. En temps « réel », ce ne sont que quelques minutes tout au plus. Le temps que le jeune homme se remplisse le nez de coke. Le temps qu’Anna, parce qu’elle trouve la médaille de guerre en bidouillant l’ampoule électrique, « se fabrique » son histoire. Ou que l’histoire lui soit « révélée » parce que la médaille est dans ses doigts. En tout cas, c’est le temps dont elle a besoin pour, de retour dans cette cave, tourner la page de son déracinement, celle de son « abandon », enterrer ses morts …
Et à l’issue du spectacle pouvoir vivre en paix avec eux, maintenant qu’elle « sait »…
Tout se passe dans sa tête. Elle « convoque » par son premier chant (le chant du pays de là-bas) son père et sa grand-mère, et une fois qu’ils sont là, les laissent dérouler la pelote. Elle subit, se laisse ballotter, plus spectatrice tendrement attendrie que participante. Embarquée dans la suite des aventures, elle n’est pas tout à fait dans le même temps, pas tout à fait dans le même espace qu’Isidor et sa grand-mère. C’est dans ce « pas tout à fait », ce léger décalage, que l’émotion s’installera.
Si elle fait chœur, si elle chante avec eux, c’est avec quelques mesures de retard qu’elle les rejoint ; et si parfois elle s’arrête au milieu du chant ou d’une scène, c’est pour les regarder faire, eux plein d’entrain, toujours et quoi qu’ils fassent dans une absolue sincérité. Ils sont vrais, en ce qu’ils ne trichent pas, ne jouent pas, jamais. Ils sont dans l’action et le « faire ». Anna, elle, est dans la pensée et le recul.
Et c’est pour les aider à continuer à être ce qu’ils sont qu’ Anna joue le jeu.
Si son esprit s’évadait, ils disparaîtraient aussitôt. Et puisque tout n’est que création d’Anna, il n’y a ni pelle, ni habits de Père Noël, d’ouvrier, de maillot de bains, etc. Isidor creuse avec sa canne. Même le puits est fictif. C’est la grand-mère qui plante le décor, et qui, peut-être, d’une simple poignée de sable qu’elle retire de ses poches, fabrique le rond du puits. Il suffit de nommer, de symboliser, et « cela » est.
C’est bien ce décalage entre la sincérité et l’énergie qu’ils déploient à « faire » les choses du mieux qu’ils peuvent avec ce rien (ils ne possèdent rien) qui les constituent, en bons parents, en bons émigrés, et le regard d’Anna sur cette sincérité, et cette énergie, qui est porteuse d’émotion, car pas tout à fait d’ici, et plus tout à fait de là-bas, elle est sans cesse tiraillée entre son présent et son passé.
La même tendresse que celle que l’on ressent à la séquence du film Être et avoir , lorsque la famille réunie autour de l’enfant l’aide à faire ses additions, et que tout est faux, et qu’ils ne savent pas, mais qu’ils tentent et tentent encore. On passe alors réellement du sourire aux larmes.

Philippe Zarch


Les personnages


esquisses

Le fils du chinois
Un lymphatique qui se dope. Speed, le nez rempli de poudre, le cran d’arrêt à la main. Dès qu’il est inquiet, il ouvre son couteau. Comme il est camé à mort, il l’ouvre sans arrêt. Tee-shirt avec inscription (« Just do it »), jeans, baskets, juste une chaîne en plaqué or autour du cou.

Le chinois
Costard et chapeau blancs, très bien habillé, grosse cravate, de l’or à chaque doigt, gourmette et montre. Il a réussi et veut que ça se voit.

Anna
Elle montre les premiers signes d’intégration, c’est-à-dire qu’elle cherche le plus possible à passer inaperçue. Se fondre dans la masse. Ne pas se faire remarquer. C’est son obsession.

La grand-mère et le père
Gros pardessus propre mais râpé d’émigré. On voit immédiatement qu’ils ne sont pas d’ici. Une canne (pour le père). Tout est entassé dans les poches des pardessus. Ils ont tout sur eux.