Tennessee Williams
« J’aime rappeler son vrai nom, Thomas Lanier, rien de plus français ! Cette rencontre peut surprendre, je l’avoue, mais elle a la qualité de rompre avec l’habitude. De plus, j’ai toujours été sensible à l’univers de Tennessee Williams, que l’on peut qualifier de décadent. Il s’intéresse toujours à diverses variations du couple qui s’entre-déchire, à la solitude des êtres. Chez lui, c’est toujours un monde qui disparaît. J’ai le désir de me confronter à ce matériau qui est difficile pour moi. Encore une fois, c’est un nouveau pari. »
La raison du choix
« Tous les personnages sont des enfants, y compris Kowalski. Ils ont des peurs, des affrontements, des rêves d’enfant, c’est ce qui me touche particulièrement. Toute cette innocence est passionnante. Nous sommes devant l’affrontement de deux conceptions du monde : celle du Nord et celle du Sud. Kowalski appartient à un univers industriel. C’est un émigrant qui désire s’intégrer au rêve américain, ce rêve de modernité matérielle assez minable. Blanche est porteuse de tout autre chose. D’un certain type d’archaïsme bien sûr… Mais aussi de ce désir constant de s’évader, de rêver, de fabriquer de la fiction. »
Le Sud
« Il y a le Sud et le Nord. Que ce soit aux Etats-Unis, à Shanghai, à Malaga ou à La Nouvelle- Orléans, on est toujours au Sud. Le Sud est une civilisation, une résistance au monde du Nord, plus concret, plus matérialiste. Dans cette civilisation, le mythe, le rêve, la fiction, le romanesque, l’aspiration à un paradis à venir ou perdu sont des leviers de résistance inépuisable. Blanche en est le symbole. Elle est le lieu de toutes les contradictions, c’est aussi l’innocence qui vient se fracasser contre le Nord. C’est un personnage fascinant. »
Le plaisir de ce texte-là
« Qu’est-ce qui m’émeut dans cette pièce ? Deux choses qui vont de pair : la nostalgie d’un paradis perdu, au sens d’une maladie de l’âme à en mourir qui habite Blanche, et le goût de l’enfance. Blanche est une petite fille à qui l’on a envie de prendre la main, même quand elle est insupportable. De même qu’il a été important pour moi d’offrir Le Bourgeois gentilhomme à Georges Gaillard, cette pièce est pour Marie-Christine Colomb. Georges et Marie-Christine, deux comédiens qui m’accompagnent depuis longtemps et que j’aime. »
Propos recueillis par André Lacambra- Ramdam mars-avril 2007