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Entretien avec Jean-Michel Ribes

Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en scène ce texte d’un auteur pratiquement inconnu en France ?

Ce qui m’a immédiatement séduit dans cette pièce c’est la liberté de ton de l’auteur vis-à-vis à la fois de la dramaturgie mais aussi de la psychologie et de la réalité. Á partir d’une situation extrêmement classique, presque de théâtre de boulevard, il y a une série de sursauts, de décalages, de zigzags qui étonnent, déroutent, déséquilibrent et nous entraînent de façon cocasse jusqu’à l’horreur. C’est une sorte de rêve comique qui se transforme peu à peu en cauchemar - constat de notre société étouffée dans une série de règles absurdes où les adolescents rebelles finissent par mourir à moins qu’ils ne tuent l’ennemi pour survivre. Le fait qu’aux États-Unis, en Allemagne ou plus récemment en Finlande, de jeunes gens massacrent leurs professeurs ou leurs camarades dans les collèges est un révélateur très troublant de ce dysfonctionnement d’une société qui impose un réel insupportable pour ceux qui n’en ont pas les dimensions.


Dans une certaine mesure, on ne sait jamais si on est dans une comédie ou une tragédie dans cette pièce. On rit beaucoup, mais on est pris en même temps dans un tourbillon infernal, d’autant que chaque réplique entraîne presque un nouveau rebondissement…

Il y a une sorte de cacophonie des genres dans cette pièce qui me ravit et qui montre combien nous sommes obligés chaque jour de continuer à vivre avec un entourage qui pour le moins ne nous ressemble pas. Dans la pièce, j’aime qu’il y ait des morts qui continuent à parler, qu’il y ait une description des rapports familiaux macérée dans le mensonge et l’épouvante qui n’offre plus aucune possibilité de vie, ni de respiration. Ce n’est évidemment pas cet enfant qui est impossible, mais, le monde dans lequel il naît qui l’est. Il n’a donc d’autre choix pour respirer que de tuer ceux qui l’empêchent simplement d’être lui.


C’est aussi une pièce qui parle à sa façon de la famille, thème de cette saison au théâtre du Rond-Point …

Oui, c’est une pièce essentiellement centrée sur la famille comme représentation d’un monde qui devient fou et dans lequel les repères affectifs, sentimentaux et mêmes naturels se dissolvent pour laisser place à la sauvagerie.