Spectacles
Un Verre de
crépuscule
Un verre de crépuscule : une expérience...
« Les possibilités de notre art résident dans le coeur de ceux qui en sont les témoins. Le théâtre devient réel l’espace d’un seul instant, l’instant de voir et d’entendre. Après quoi il n’est plus. » Daniel Keene
Une soirée, deux acteurs et un musicien, trois pièces courtes d’un auteur australien à découvrir, Kaddish, Monologue sans titre , Un verre de crépuscule, quelques chansons… et une expérience singulière du théâtre.
Réminiscence : « Et ils allaient obscurs dans la nuit solitaire… »
Trois histoires, trois tragédies contemporaines et quatre destins, quatre solitudes arrachées au chaos et au tumulte du monde.
Rhapsodie minutieuse de deux monologues et de la possibilité d’un dialogue.
Entrelacs de paroles intimes pour un objet théâtral de proximité.
Compression de l’expérience théâtrale en une poésie âpre et survoltée qui étreint le trivial et le lyrisme, la violence et l’ironie.
Ça parle de nous évidemment !
Comment continuer à vivre dans la perte et l’absence de l’autre, comment survivre dans le manque et le silence de l’autre, comment briser le mur de la solitude et échapper à
l’humiliation de la misère…
Daniel Keene donne la parole à des êtres meurtris qui se débattent dans leur chair avec leurs actes, leurs ambiguïtés et leurs pulsions.
Des textes obsédants et lancinants qui parlent d’ombre et de lumière.
Nous ne raconterons pas plus précisément ici ces histoires. C’est sur la scène qu’il faut les découvrir ; c’est à travers les corps des acteurs qu’elles se racontent,
sans mot superflu, sans geste fortuit.
Un voyage sensible dans les marges de notre humanité. Là où les questions restent sans réponse, où la clarté des faits suspend le jugement.
Je réalise avec Un verre de crépuscule le désir d’une aventure théâtrale en résonance, essentielle et dénudée, pleine encore de fragilité et de trouble, que je voulais pouvoir proposer très intimement à tous les publics, à ceux-là aussi qui ne fréquentent pas les théâtres.
Keene écrit que le théâtre peut être une forme de rébellion pour défendre l’expérience d’un instant.
Ce sont ces « instants » que nous voulons inventer et multiplier, partager, rendre possibles et nécessaires absolument parce qu’ils nous sont, aujourd’hui plus
que jamais, vitaux.
Dans le bouleversement de nos semblables retrouvés, laisser des traces et une mémoire de nous-mêmes qu’on ne pourra effacer.
« J’imagine que c’est possible de faire entrer la lumière dans la vie d’une autre personne ça me plaît de le croire », dit l’homme de Kaddish.
Nous n’oublierons pas que le mot « crépuscule » ne désigne pas seulement cette lumière incertaine de la tombée du jour ; c’est aussi la lueur qui
accompagne l’aube naissante et le lever du soleil.
Sébastien Bournac
05 décembre 2008