La Stratégie d’Alice d’après Lysistrata
Reviennent les lucioles ! d’après Les Grenouilles
Vous serez enfermés à l'intérieur des musées, la nuit, avec Serge Valletti, Georges Lavaudant et les comédiens, Aristophane, Lysistrata, Dionysos, Hercule, Pasolini,
Fellini et Jean-Pierre Adam, archéologue...
Chacun jouera son rôle et à la fin tout le monde dînera ensemble.
J’ai toujours été intrigué par la présence des Plaideurs parmi les douze pièces de Jean Racine. Je me demandais pourquoi quelqu’un qui excellait dans la tragédie avait éprouvé
le besoin d’écrire une comédie, et une seule. Quand j’ai su qu’elle était inspirée d’Aristophane je m’y suis intéressé de plus près et me suis aperçu qu’elle était inspirée
seulement de la première partie des Guêpes. Alors ma question est devenue : pourquoi Racine a-t-il rejeté la seconde partie des Guêpes d’Aristophane ? C’est ainsi que
je suis entré dans l’univers incroyablement moderne d’Aristophane. J’ai eu envie de l’adapter, de le transposer, de l’actualiser car non seulement tous les thèmes qu’il aborde
nous concernent toujours aujourd’hui, mais ils sont la matrice de tout le théâtre comique qui viendra après lui.
Le but que je me fixe est de rendre palpable pour le public le rire presque organique qu’Aristophane souhaitait. Ma pièce Reviennent les lucioles ! adaptée des Grenouilles
fait ressortir un duo époustouflant de personnages comiques du début à la fin de la pièce. L’un est le dieu Dionysos, l’autre est son homme à tout faire, son esclave, son
serviteur. On reconnaît immédiatement les rapports de Don Juan et Sganarelle, de Puntila et son valet Matti, de Laurel et Hardy ou même d’Astérix et Obélix. Leur épopée qui dure
le temps de la représentation théâtrale les fait passer par tous les rapports maîtres/esclaves qu’on puisse imaginer, c’est l’amour/haine, c’est la rivalité/complicité et c’est
une machinerie comique réglée au millimètre. En débarrassant le texte de toutes les références qui sont inconnues du public d’aujourd’hui et tout en respectant aveuglément le
tempo dramaturgique, je retrouve à travers les vingt-cinq siècles qui nous séparent de la création de cette pièce, l’originale invention du maître Aristophane. En ce moment je
travaille sur Lysistrata et je découvre jour après jour le mécanisme de cette pièce. On connaît le thème de la grève du sexe qu’organisent les femmes pour ramener la paix !
Mais on connaît moins la façon dont Aristophane, grâce à l’utilisation d’un langage torturé, met en valeur notre incompréhension des étrangers ! Oui bien sûr il faut faire
la paix, mais le problème c’est qu’il faut la faire avec des gens qui ne parlent pas comme nous et qui ne comprennent absolument pas ce qu’on leur dit ! Vaste programme
sujet à bien des malentendus !
Bien entendu !
Serge Valletti, février 2011
© Serge Alvarez