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Scénographie

Une femme seule convoque des images et se laisse aller dans les méandres de son imagination et de sa mémoire : à l’image d’une réflexion en train de se construire, j’aimerais un espace qui se révèlerait progressivement. Cet espace s’amplifie, se rétracte et se répète, de même que les obsessions et les divagations cérébrales du personnage..
Cet univers mental se matérialise sous la forme d’un tulle, fine membrane entre la réalité et la fiction. Chaque motif s’y intègre et y prend progressivement place. Parallèlement, la structure globale de l’espace se révèle : chaque objet contribue à l’édifice de la pensée de la femme.

Dans le premier tableau, trois tulles blancs ne laissent qu’un espace limité à la comédienne tandis que de chaque côté se développent deux terrains infinis. Ils peuvent avoir une double fonction, d’appel et d’angoisse, et laissent la place à l’espace sonore qu’est le monde extérieur. Les tulles peuvent être d’une intensité lumineuse variable : les murs respirent, sorte d’organisme vivant qui emprisonne le personnage. Le sol en laque noir peut devenir un miroir, reflétant l’image de la femme, seule face à elle-même..

Le deuxième tableau, le taxi, mêle souvenir et soubresauts. La pensée se met en mouvement, la comédienne peut alors créer son propre espace en y apportant des accessoires-motifs. Les murs en tulles s’écartent, la respiration est plus facile.
Dans le dernier tableau, ces accessoires-motifs s’organisent avec une clarté accrue. La lecture de l’espace devient plus aisé, les structures même de la scénographie se révèlent. Elles ne brident cependant plus les mouvements de la comédienne qui désormais peut passer de l’autre côté des membranes.
On recherchera une matière qui ne soit perceptible qu’avec l’apport de la lumière. Au premier abord, les tulles semblent opaques, mais une bascule de lumière peut modifier l’espace. En juxtaposant ces divers degrés de transparence, il est possible de créer une trame constructive. On retrouve cette recherche de transparence et de matière dans les travaux de Rauschemberg qui m’ont beaucoup inspirée dans ce travail. Il s’agirait d’une scénographie évolutive qui se dévoilerait progressivement.

Cécilia Delestre