J'ai découvert ce texte lors d'une lecture publique en mai 1994. Je n'ai eu de cesse, depuis lors, de me battre pour trouver des complices avec qui partager mon enthousiasme. J'ai
eu, immédiatement, la conviction qu'il y avait là, mot après mot, une merveille à offrir au public. Une histoire à lui raconter d'une force exceptionnelle, des enjeux d'une
modernité aiguë incarnés par des personnages de chair et de sang, d'une complexité humaine, trop humaine. Il est rare, en effet, qu'une pièce contemporaine offre à des
acteurs un espace de jeu aussi puissant, aussi riche et donc au bout du travail des répétitions, un espace de rencontre avec le public aussi fort. Le travail concret est
maintenant fortement enclenché. Le choix des acteurs, du scénographe; la réflexion sur la musique, les lumières et tout dernièrement l'élaboration d'une version scénique du texte
élaborée en accord avec Jean-Michel Deprats. Toutes ces étapes ont été autant d'occasions de renforcer ma conviction. La nouvelle traduction que j'ai demandée à Jean-Michel
Deprats fait apparaître plus encore la rigueur de la structure narrative; la vigueur de la langue, la profondeur, la pertinence de la pensée d'Howard Barker. Cet homme-là est un
auteur de théâtre absolument ! De la lignée de Shakespeare !
Je n'ai pas beaucoup de talent pour les déclarations d'intentions, pour les textes manifestes, les cahiers dramaturgiques. Je conçois le travail qui précède les répétitions, comme
une préparation du terrain sur lequel les acteurs s'épanouiront. Je sais que tout se fera avec eux, grâce à eux, à travers eux…. Je les attends, je les rêve….
Je m'en tiendrai donc à l'énoncé de quelques questions que la lecture suggère : qu'en est-il des relations qu'entretiennent les artistes et le pouvoir politique ? Qu'en
est-il de l'intérêt que les artistes manifestent à l'égard du travail d'autres artistes ? Qu'en est-il du prix qu'un artiste est prêt à payer pour créer ? Qu'en est-il
de la relation amoureuse entre deux artistes, lorsque la femme est l'artiste majeur ? Qu'en est-il du processus de la création pour une femme ? Qu'en est-il du pouvoir
de la critique en matière d'art ?
La liste n'est pas exhaustive ! Ce ne sont là que quelques uns des ingrédients avec lesquels Howard Barker me semble composer son Tableau d'une exécution. La facture en est
violente, humoristique, caustique et désenchantée.
Hélène Vincent
02/11/2000