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Présentation

Rien de nouveau donc sur la planète ?
Si ! Piégés que nous sommes dans un présent perpétuel et virtuel, tout retour à une mémoire ancienne de l’humanité prônant la précaution et la prudence est considéré comme une atteinte et une injure à l’éblouissante puissance du progrès technologique, et toute projection dans l’avenir, selon des normes de justice, d’égalité et —maître mot, peut-être, du siècle à venir— de légalité, comme une défiance intolérable envers les changements indispensables que réclame notre si belle modernité, nous assène-t-on jour après jour.
Invité à prendre la parole lors d’une petite fête communale, un homme des bois, Sylvestre, un broussailleux, comme il se nomme, cherche, quant à lui, à jouer un autre tour de passe-passe plus joyeux et ironique que l’élémentaire et mortifère tour de cochons en cours.

Jean-Yves PICQ (1999)


Propos de mise en scène par Denis Lanoy :

… « Nous avons choisi de retirer (très provisoirement) Sylvestre du monde.
Un temps de l’isolement, comme anachorète en ermitage, pour laisser à la méditation colérique le temps et l’espace nécessaires à son développement. Du fond de la caverne et des ténèbres, comme mythologie, naissent les images remémorées et représentées du monde qui libèrent une parole prométhéenne qui seule permet de comprendre le concret du monde et de ne pas rester au ras de l’animal.
Mais il faut sortir de la caverne pour inscrire l’homme dans la perspective de l’origine et savoir quoi qui se passe au moment du passage de l’état de nature à l’état d’humanité, même si celle-ci est inconsolée de son souvenir primitif. Souvenir que certains poussent, forcenés, à toutes les extrémités de la sauvagerie, soit dans une volonté obtuse d’aller de l’avant quoi qu’il puisse en coûter, soit dans une affirmation non salutaire d’un grand retour en arrière, jusqu’à altération totale même de l’idée d’humanité.
SYLVESTRE, dedans la grotte, lieu propice à toutes les réflexions, toutes les révélations, réfléchit l’humanité comme sur-nature, car cette dernière se fonde sur la nature en s’ajoutant à elle, non pas en la niant ou en s’en croyant le surpuissant possesseur »…