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Note d’intention

«Supermarket» est un texte extrêmement actuel. Il nous renvoie à notre réalité quotidienne, le supermarché – lieu où tout s’achète. Une piste de glace, la course en patins. Cette pièce révèle une société d’après la chute du Mur (Europe réunifiée) où les gens, assoiffés de liberté, se sont jetés dans la surconsommation et le bonheur accessible. «Supermarket » est un texte cogneur. La perte de repères idéologiques stables, qu’on pouvait soit combattre, soit défendre, a laissé la place à un énorme vide par la surconsommation sexuelle et le mensonge. Les personnages réagissent à leurs pulsions, à leurs désirs, à leurs subconscients souvent opaques et sont absents à eux-mêmes. La mise en scène emboîtera le pas de cette immédiateté comportementaliste. Evitant toute tentation «psychologisante», elle s’emploiera à concrétiser ces pulsions dans l’immédiat de leurs apparitions.

Mais «Supermarket» ne se contente pas de faire une peinture cynique de la société. Ce texte propose très clairement, à travers le personnage de Gamin qui se prostitue, un cas extrême, qui force à la réaction. Dans le texte, les adultes qui l’entourent semblent avoir abdiqué. Ils sont à tel point déboussolés et abattus qu’ils ne réagissent pas ou peu face à lui. Tant le directeur Léo que les professeurs ne peuvent ou ne veulent s’intéresser à son cas, qui réclamerait plus grande attention.

Le personnage de Gamin aura une place importante dans la mise en scène, de même que celui de l’autre «enfant» du spectacle : Diana. Ces deux adolescents sont de la génération qui suit celle de Léo, Mayer, et Mueller. Ils sont en quelque sorte les conséquences de la perte de repères de leurs aînés et posent ainsi la question de la responsabilité, tant parentale que scolaire. D’aucuns disent que l’on traverse une période où l’enfant est devenu roi, où l’autorité tant parentale que scolaire s’est amoindrie et que désormais «on n’impose plus par l’autorité, mais on négocie». «Supermarket » interroge «par la caricature» ce relâchement des autorités, sans pour autant y répondre. La mise en scène placera les deux adolescents au centre du dispositif.

Le texte annonce en sous-titre «soap opéra» ; la mise en scène en fera un opéra rock. Les percussions de Jean Rochat – qui signe les bandes-sons de la musique en live des spectacles de la compagnie depuis près de dix ans – plongeront le texte dans un maelstrom énergique. Tantôt énergie lugubre, tantôt explosion libidinale, la musique live agira comme catalyseur, comme une pulsation qui reliera les 31 scènes que compte le texte. La musique mènera le texte «à toute vapeur», dans une course en patins sur 12 mètres par les acteurs et sans répit vers le happy end final...

Gianni Schneider