Depuis la création du théâtre-studio, la place que vous donnez aux auteurs (E.Bond, Sarah Kane, Biljana Srbljanovic, et aujourd'hui Gianina Carbunariu) est prépondérante. Elle
semble la raison de votre engagement et la nourriture de votre réfléxion.
Pourquoi avez-vous décidé de collaborer aussi étroitement avec eux jusqu'à ce qu'ils deviennent auteurs associés et comment ces échanges sont-ils nés?
Tout d’abord, c’est notre obligation d’écouter ceux qui nous montrent la cartographie de notre monde. Les auteurs qui affrontent l’implacable, qui ne se cachent pas derrière leur
pièce et qui changent notre façon de comprendre le monde donc de nous comprendre.
Quand on a la chance de croiser la route d’auteurs tels que Edward Bond, Biljana Srbljanovic, Gianina Carbunariu, et qu’ils acceptent de dialoguer avec vous, de travailler avec
vous, d’écrire pour vous, ce serait insensé de refuser ces cadeaux.
Ces rencontres m’ont fait grandir et changer – en tant qu’homme et metteur en scène.
Ces rencontres remettent la fonction de metteur en scène à sa vraie place : non comme un outil de pouvoir mais comme un outil des possibles.
Mettre en présence, questionner, montrer la direction du sens, être garant de la structure de la pièce, accompagner les acteurs vers « l’objet invisible » et les aider à
prendre la responsabilité de ce qu’ils disent et font sur scène.
Ce sont eux et les auteurs les créateurs.
Les associations sont nées de conversations (Gianina), ou à la suite d’ue représentation d’une de leurs pièces à laquelle ils ont assisté (Edward Bond et Biljana Srbljanovic).
A lire votre parcours, nous serions tentés de croire que le théâtre est pour vous un des derniers refuges de la résistance, le lieu d'une possible prise de conscience du monde et de nos crimes.
Oui !
Pourtant, vous déclarez ne pas savoir comment faire.
En ce qui concerne cette pièce particulièrement. Stop the tempo me pose des questions nouvelles à résoudre, sur le plan de la forme, sur la façon de prendre la parole. Mais depuis que le dialogue a commencé (les répétitions) je commence à entrevoir des pistes.
Chaque pièce, chaque parole serait alors une ultime tentative, ou bien un pas de plus menant à la réponse?
C’est un pas de plus et on change de chaussure !
Le 08 novembre va "naître" STOP THE TEMPO de Gianina Carbunariu. Pouvez-vous nous parler plus précisément de cette pièce?
Trois jeunes gens sont confrontés au vide : vide personnel ,affectif, social, vide d’envie, de pensée, d’objectifs. Chacun face à sa solitude, devant une société qui a
parcouru en cinq ans le chemin que notre société a parcouru en vingt-cinq.
Ces trois jeunes gens se retrouvent par hasard dans une boîte de nuit, un lieu de paradoxes : il y a de la lumière mais on n’y voit rien, il y a du monde mais on y est seul,
il y a du bruit mais on n’entend rien.
Un lieu qui les renvoie à leur solitude et leur vide.
Ils se retrouvent dans la métaphore absolue de la société, de cette frénésie sans axe.
Ils ne peuvent plus continuer ainsi.
Ils ne peuvent plus faire avec cette société-là.
Sur une impulsion dans cette rencontre de hasard, ils commettent un acte qui, va devenir malgré eux, peu à peu révolutionnaire.
On voit comment cette idée va grandir et comment ils vont devenir eux-mêmes victimes de cette idée. Mais en même temps, comme toute idée, avec la part romantique de chaque
révolution, l’idée continuera peut-être à vivre comme une petite flamme, un espoir.
La pièce est la question d’une génération.