Clémence enchaîne les petits boulots.
Dans un supermarché, une parade de mascottes à la fourrure synthétique s’agite. Derrière son masque, Clémence a chaud. Problème technique avec son costume, pour aller aux
toilettes. Le supérieur lui fait enlever et remettre tout en la chronométrant. Clémence se sent humiliée. Derrière le discours démagogique, pointent les menaces de
licenciement.
Clémence reçoit ses parents pour son anniversaire. Son père lui annonce son départ en pré-retraite. Il en souffre plus qu’il n’y paraît. Pour ne pas inquiéter ses parents, elle
leur cache son quotidien.
Puis c’est un CDD de plus, dans une entreprise de télémarketing. Avec les nouvelles recrues, Clémence suit le briefing musclé du manager. Les voix des télévendeurs se
superposent jusqu’à l’insupportable. Sous pression, emportée par la répétition de ses argumentaires de vente, Clémence perd tout repère et se confond avec les produits qu’elle
vend. Elle fait une crise de nerfs et mord son manager.
Clémence est envoyée chez le médecin. En arrêt maladie, Clémence se retrouve seule chez elle, avec une peur de la solitude et un sentiment d’injustice. Elle se demande où est
son autre vie, celle qu’elle imaginait.
Le quotidien de Clémence est entrecoupé d’émissions télévisées insolites. Dans sa préférée, sensationnel et voyeurisme prennent des proportions extravagantes . Fragilisée par sa précarité, contrainte à l’isolement, Clémence est de plus en plus absorbée par les médias. Elle passe de l’autre côté, dans une réalité virtuelle peuplée par ses icônes. Et leur invente une vie.
Espace mental de Clémence.
Le fantasme de Clémence projette les personnages vus à la télévision dans une intimité rêvée : le politique, l’intellectuelle, la chanteuse invitent à dîner l’industriel.
Un ours, ressemblant étrangement à la mascotte de Clémence dans l’hypermarché, est aussi présent. Les convives parlent en boucle. Les corps se livrent à des mécaniques, au
départ bien huilées. Peu à peu, les paroles dérapent. Des actions insolites s’immiscent. Les personnalités se dévoilent. Déconsidérée, la mascotte n’est plus à sa place
dans « l’équipe ». Il faut la licencier. Irruption chez les convives des règles de l’entreprise que Clémence connaît bien.
Retour chez Clémence devant sa télévision.
Elle imagine l’homme politique sortir de l’écran et lui confier ses doutes. Il lui décrit un monde cauchemardesque où les objets prennent peu à peu la place des hommes,
spectateurs impuissants d’une société où ils n’ont plus la première place. Tous sont en tenue de soirée, les convives réapparaissent dans un étrange et surréaliste cortège
funéraire. L’ambiance est décadente. Clémence fait son apparition, nue parmi les convives, et les prend à partie. Elle n’est plus capable, pas finançable. Elle parle de sa
désillusion.
Ce n’est que lorsque ses parents viennent frapper chez elle, que Clémence émerge de cette réalité tronquée.