Une école d’acteurs véritable(s) est une des plus belles utopies, mais pas n’importe laquelle. L’acteur qui y grandit ne peut pas tout y trouver, ni tout y apprendre. Il n’a pas qu’un seul maître, mais il ne peut pas non plus absorber la connaissance de toutes les formes théâtrales. Il n’est pas un singe savant, et pourtant il entre dans le monde d’un autre. Fort et riche en luimême, il doit rester curieux et ouvert à la diversité. L’école est l’endroit de tous les paradoxes : l’individualité la plus exacerbée et le collectif le plus maîtrisé.
En trois ans d’école on ne peut pas traverser toutes les esthétiques. Le projet de l’Ecole d’Acteurs de Cannes affirme un point de vue : il prétend que l’on peut faire
école — sans imposer une esthétique univoque : il conçoit l’école comme un organisme vivant à têtes multiples.
Il affirme que l’on n’enseigne qu’en équipe, mêlant l’esprit et le corps, l’âme et la technique, les disciplines et les arts.
Que l’on n’est acteur que dans un mouvement collectif.
Que l’on ne joue qu’en écho des sons du monde.
Que l’on ne peut affirmer l’art que dans la lente, patiente, exigeante formation d’artisans.
Que la geste de l’acteur, si elle est forte et pleine, le rend libre et créateur, premier écrivain du plateau.
L’école est un immense chantier, « le plus beau théâtre du monde », assurément.
L’école reflète le monde, le déforme donc, et le transforme, peut-être.
Et ce sont les élèves qui la font grandir à la mesure de leur personnalité, comme elle les rendra forts et lumineux, s’ils se mettent à l’écoute.
Bruno Tackels