C’est la première création en France pour ce texte écrit dans les années soixante-dix par un auteur blanc et deux auteurs noirs : un théâtre historiquement lié à la période
de l’apartheid en Afrique du Sud, puisqu’il était écrit et représenté dans les townships, ces réserves urbaines où furent parqués les Noirs. Un théâtre, né dans le quotidien de
ces villes-ghettos, dont la matière est faite essentiellement des éléments de la vie réelle des populations noires, un théâtre de la nécessité écrit et joué pour que le
spectateur puisse se réapproprier sa propre vie, un théâtre de la dérision et du rire, un rire cruel pour lutter contre la cruauté de la vie ordinaire hors les murs du
théâtre.
C’est cette prise en direct de la réalité et de la « vie véritable » par le théâtre qui intéresse au plus haut point Peter Brook, trouvant ici également la
possibilité de poursuivre son dialogue avec l’Afrique et avec les acteurs africains ; il retrouve ici notamment le célèbre acteur Habib Dembélé. à travers la recherche
que mène Sizwe Banzi, le personnage principal, pour trouver des « papiers en règle », c’est à la description de la violence du système inhumain de l’apartheid que
se livrent les auteurs, en le rendant dérisoire et vain, annonçant de façon prémonitoire son effondrement.
Théâtre de la résistance par l’humour, par la distance ironique et drôle, il dépasse ainsi les raisons circonstancielles de sa création pour devenir une fable universelle,
entendue de manière encore plus aiguë dans un monde qui supporte de plus en plus mal les situations soi-disant irrégulières. « Qu’est-ce qui se passe dans ce
foutu monde ? Qui veut de moi ? Qu’est-ce qui ne va pas avec moi ? »… Combien de Sizwe Banzi se posent aujourd’hui ces questions ?
Jean-François Perrier