Le théâtre anglais de ces dix dernières années a vu l’éclosion d’une génération d’auteurs dont le style fut qualifié « D’en pleine gueule »… Mark Ravenhill est de ceux-là. Mais à la différence de Sarah Kane, dont la disparition brutale a accéléré son passage à la postérité, Mark Ravenhill est toujours vivant et méconnu en France.
Avec Shopping and fucking, il nous livre une city comedy comedy, satire féroce de notre monde , capitaliste où les repères sexuels sont très friables, où les hommes sont des marchandises comme les autres, où l’argent permet tout - y compris de mettre en scène sa propre mort et où la solitude des êtres ne rencontre que la violence quotidienne, qu’elle soit sexuelle ou physique, comme alternative à son désarroi, comme réponse à leurs tentatives de communication.
Mark Ravenhill est un vrai dramat dramaturge, qui utilise des thèmes chers au cinéma urge, (sexe, drogue & meurtre…) mais leur donne une vitalité que seul le théâtre peut
restituer restituer. Plus de grande histoire, mais des petites, individuelles qui s’entrecroisent, comme s’entrecroisent le sordide et l’humour des situations avec une vigueur
et un engagement qui font l’intérêt d’une telle entreprise théâtrale.
Ce qui importe, c’est de suivre le trajet invraisemblable de ces personnages et de s’interroger sur l’humanité qu’ils incarnent incarnent. Ne surtout pas tomber dans la
caricature ; qu’ils soient homosexuels, drogués, prostitués ou déséquilibrés, c’est la beauté et la générosité de leurs actions qui nous intéresse.
Il s’agit d’un théâtre écrit pour des acteurs capables d’un humour très british et d’un engagement p physique sans bornes hysique bornes. Un vrai théâtre de composition de
personnages où la sincérité doit primer sur le numéro d’acteur étant entendu que ce théâtre là n’est pas du théâtre de divertissement. Les acteurs auront à défendre une vraie
vision du monde.
L’humour de l’auteur est le sésame salvateur qui permet d’entrer dans cette pièce par la bonne porte.
Ce qui nous intéresse est le trouble créatif et actif dont le spectateur peut être saisi devant l’audace des situations et la théâtralité à mettre en oeuvre pour ne pas s’abîmer
dans un naturalisme impossible.
Acteurs et spectateurs doivent être au même degré d’étonnement face à ce théâtre de tous les possibles.
Au « il faut travailler » d’Anton Tchekhov s’est substitué le « il faut gagner du fric » de Mark Ravenhill. Dans la nouvelle genèse à
laquelle il nous convie, Adam et Adam s’apprêtent à commettre un péché qui ouvre sur un théâtre où tout peut arriver.
Nos scènes françaises ont besoin de telles écritures : impertinentes, survoltées, généreuses et tragiques afin de réveiller les spectateurs que plus rien n’étonne, puisque
effectivement plus rien n’est étonnant, étant entendu qu’un théâtre « qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. »[1]
Simon Delétang
[1] René Char