Si on les voit sans s’arrêter, ils semblent bien heureux
Bien heureux d’être là et d’accepter notre regard
Si on les approche, ils nous font penser à une famille.
Une famille heureuse d’être là et nous de les regarder
Si on les écoute, ils ont tout pour être une famille - heureuse
Si on parle avec eux il y a d’abord
Cette sensation d’être heureux avec eux
Une chaleur nonchalante avec ce trouble d’être bien avec eux
Que si la nuit tombait, on pourrait bien rester là près d’eux - heureux.
"On reste" l’un de nous dit
"On reste ?" se reprenant d’une voix plus grave
Car la première voix qu’il avait était celle d’un enfant
Et eux ils disent d’un coup
"Vous restez bien sûr que vous restez"
"C’est sans problème" dit un autre
Avec cette voix qu’ils ont où il finit par être difficile de savoir qui a parlé.
"On reste, alors" reprit ce même qui m’accompagnait avec cette même voix de l’enfance
Il rougit
Et là, le plus simplement du monde, la porte de la maison se ferma.
Le plus simplement du monde nous étions là avec eux chez eux en eux
C’était, vous vous en doutez, jusque-là du bonheur.
Et une fois goûté au bonheur vous vous en doutez
La peur de ne plus retrouver ça, s’installe
Et effectivement là s’installe, je dirais d’abord, comme un courant d’air
Comme si la porte qui s’était, s’était fermée trop vite et que le vent de peur de rester dehors,
s’était glissé avec nous dans la maison
Mais dans la maison il n’y a pas de vent
Après que la porte se soit fermée, tous… tous nous sommes restés debout
dans ce faux courant d’air mon ami toujours rouge de son enfance
Tous debout dans un silence comme vous vous en doutez
Debout comprenant que nous ne nous connaissions pas
Qu’à partir de maintenant il nous faudrait définir des territoires des espaces de partages
Des lieux où il faudrait partager être ensemble diviser accepter mettre en commun feindre de pour certains sans doute s’aimer
Pour d’autres pas de mot pour dire le pire
Car c’est sûr – le pire – car ici je n’en suis qu’à la moitié du temps car très vite j’ai compris que ce que nous partagions aussi c’était le temps et là c’est la moitié du
temps le milieu le moment de l’histoire où tout peut basculer alors le pire est peut-être devant nous…
Hubert Colas