Retour définitif et durable de l'être aimé poursuit les aventures de Robinson (après Futur, ancien, fugitifet Le Colonel des Zouaves, les deux précédents livres d'Olivier Cadiot).
Le héros, déçu par la ville, restera au début de l'histoire accroché sur un balcon pour éviter une fête épuisante, puis entamera la traversée d'une campagne polluée en essayant
d'esquiver une série de personnages pénibles, appartenant vraisemblablement à la même famille. Pour s'en sortir il décide de devenir un saint et part à la rencontre d'un
spécialiste à la retraite... ça se termine mal.
Au passage on apprendra des règles de sports inconnus, une technique d'explosion du passé dans le présent et des méthodes infaillibles de retour en amour.
Récit poétique fait de bribes d'intime, de souvenirs de guerres réelles ou cinématographiques, où surgissent de loin en loin des figures caricaturales et des scènes hilarantes,Retour définitif et durable de l'être aimé se présente comme une partition pour voix et corps d'acteurs. Par un travail sonore sophistiqué, fragments de récits et de dialogues se trouvent amplifiés, accélérés ou démultipliés pour se transformer en un authentique décor musical et acoustique : quelques mots enfermés puis libérés d'une boîte à " samples " nous emportent dans l'enfer d'une fête étrange ou au cœur d'une nature insolite.
Laboratoire d'un travail prolongé, atelier de recherche poétique et sonore, cette aventure particulière qu'est retour définitif et durable de l'être aimé doit durer un an, donnant lieu à trois versions singulières et successives du spectacle (numérotées 1, 2 & 3).
Phase 1 : Nancy et Clermont-Ferrand
Phase 2 : Strasbourg/Musica
Phase 3 : Paris/Théâtre National de la Colline
Dans Retour définitif et durable de l’être aimé, trois acteurs se livrent à un exercice de stratégie théâtrale. Ce trio fait avancer l’histoire à trois
voix. Le narrateur polyphonique, cerveau à trois têtes, voyage dans le livre et l’explore en mode multi-joueurs. Ils font bloc, ensemble solidaire ou bande à part et jouent l’un
contre l’autre, l’un contre les autres, à tour de rôle. Les trois joueurs produisent en temps réel des installations sonores et visuelles qui composent des paysages éphémères,
dans lesquels ils peuvent évoluer.
À la recherche de l’être aimé, ils suivent des traces, retrouvent des leimotiv, recomposent le son des choses, chantent des chansons pour se donner du courage, chorégraphient des
souvenirs pour les marquer dans la mémoire, ils patinent sur des lacs gelés, nagent dans des rivières, apprennent le tir à l’arc, inventent des nouveaux sports, retrouvent une
marge de manœuvre, un point de vue, une langue à eux, une parole, un « naturel » pour maintenant.
Leur projet est de conquérir un présent acceptable, d’évacuer du passé ce qui ne passe pas, les hantises, pour n’en garder que la partie féconde, pleine d’avenir, vivante. Ils
utilisent les moyens qu’offre le théâtre de représenter la scène sociale et de la faire travailler. Ils tentent d’y déceler les expressions actualisées d’anciens modèles
d’oppressions, et paradoxalement ce qu’elle contient de promesses d’un habitat pour demain.
Après Sœurs et frères, pour un quintet d’acteurs - 1993, Le Colonel des Zouaves, solo - 1997, Retour
définitif et durable de l’être aimé, trio - 2002 est le troisième texte d’Olivier Cadiot que je porte à la scène. À chaque fois, il y a une commande d’écriture destinée au
théâtre. Pour la réaliser, le lien qui relie l’écriture à la scène est à réinventer, et le passage de la littérature au théâtre nécessite des outils spécifiques et une nouvelle
méthodologie. Pour @#Retour définitif et durable de l’être aimé, une longue période d’expérimentation nous a permis d’établir la maquette de la version scénique issue du livre, de
trouver et d’affirmer la forme en trio d’interprètes, de concevoir la dramaturgie, le parti pris électroacoustique - en partenariat avec l’IRCAM - Centre Pompidou -, des esquisses
de costumes, de lumière et d’espace, en somme, un protocole esthétique.
Les premières représentations constituent des étapes précises, balises de notre travail, chaque ville après le Théâtre de la Manufacture de Nancy - lieu et partenaire de la
première expérimentation - nous donnant l’occasion d’une «évolution » particulière de la pièce (La Comédie de Clermont- Ferrand puis Le Trident à Cherbourg-Octeville).
Avant le 20 novembre où nous entamerons la série de représentations de la pièce au Théâtre National de la Colline, le début de cet automne va nous permettre de perfectionner le
travail dans chacune des disciplines nécessaires à la forme théâtrale que nous cherchons. Le mouvement, au Centre National Chorégraphique de Belfort avec Odile Duboc.
La scénographie, les costumes et la lumière, au Théâtre National de Bretagne à Rennes en préparant les représentations pour le Festival « Mettre en scène». Quant à la
conception sonore et musicale c’est au Festival « C’est dans la vallée » à Sainte-Marie-aux-Mines pour Musica / Strasbourg, puis au consortium de Dijon pour le Festival
«Nouvelles scènes» que Gilles Grand pourra accentuer sa recherche ; nous présenterons alors des séances particulières type « réduction concert », soutenu par une
chorégraphie minimale, pour un rapport d’écoute privilégié ; séances qui feront l’objet à leur tour d’une évolution au printemps et seront présentées au Festival Agora
2003, dans l’espace de projection de l’IRCAM.
Ludovic Lagarde