Res∃t est un projet d’écriture. Écriture d’un spectacle plus que d’un texte à proprement parler.
À l’issue des différents travaux que nous menons autour des écritures contemporaines, et notamment avec Electronic City de Falk Richter création 2007, nous nous sommes
rendu compte que le type de texte qui nous semblait approprié se rapprochait davantage d’un synopsis que d’un scénario, étant donné la pluridisciplinarité de nos projets et plus
particulièrement dans l’utilisation que nous faisons de la vidéo et de la composition sonore.
Il nous est apparu comme évident que les textes que nous travaillons doivent rester incomplets afin d’y légitimer une langue pluridisciplinaire.
Le thème central de Res∃t, la disparition, évoque un phénomène de société actuel : « Aujourd’hui, plus de 15 000 personnes en France décident du jour au
lendemain de tout quitter, de fuir quelque chose, quelqu’un, ou de peut-être recommencer autrement... » H. Prolongeau
À travers ce thème, Res∃t évoque l’amnésie d’identité, très rare, cette amnésie est caractérisée par l’oubli de tous les éléments permettant à un individu d’être
identifié, perte de son nom, de son passé, de ces éléments de connaissance physiques et intellectuelles.
Nous avons interrogé ce travail en laboratoire en collaboration avec le Dr Joël Monfort ; il a notamment publié des articles sur la dépression du sujet âgé et la maladie d’Alzheimer, en particulier son accompagnement par la famille et l’institution.
Le travail dramaturgique s’est fait à partir de lectures de documents autour de la mémoire, qu’il s’agisse de textes littéraires, philosophiques ou médicaux : Douwe
Draaisma, Pourquoi la vie passe plus vite à mesure qu’on vieillit ; Jean- Yves et Marc Tadié, Le sens de la mémoire ; Olivia Rosenthal,
On n’est pas là pour disparaître, revues psychiatriques et neurologiques, dialogues avec des praticiens.
À partir de ces documents, il s’agit de trouver une autre manière de raconter : les praticiens constatent que l’agencement des souvenirs s’organise selon des lois
narratives, et c’est ce que nous souhaiterions décaler sur le plateau.
Le travail s’appuie sur des études de cas réels et se construit à partir de cela. La familiarité avec ces matières devrait pouvoir nous permettre non pas de représenter l’amnésie, mais de trouver sa logique narrative, d’entrer à l’intérieur d’un cerveau.
Anne Monfort