Spectacles
Rendre une vie vivable n'a rien d'une question vaine
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Réalisatrice, Éléonore Weber a tourné un documentaire en Algérie puis deux films de fiction, court et moyen métrage, respectivement intitulés Temps morts
(2005) et Les Hommes sans gravité (2007). Auteur de Manège écrit en 2001, commande de Roland Fichet pour la série de créations “Naissances”, elle poursuit avec
Décadrage en 2003, texte écrit dans le cadre du groupe d’auteurs Pièces d’identités, mis en scène par Annie Lucas. En 2004, elle met en scène Je m’appelle
Vanessa de Laurent Quinton, dispositif théâtral immergeant acteurs et spectateurs dans une même installation vidéo.
Avec Tu supposes un coin d’herbe, créé en 2005, elle réunit l’ensemble de ses activités, mêlant l’image, le texte et la mise en scène, analysant “un monde qui produit des
logiques intimes honteuses ainsi qu’un rapport déphasé à soi et au réel”.
“Ton bonheur menacé, une sale bête qui se met à grimper sur ton torse, sur ta chemise bleue, et ta face réjouie, tenace au-dessus. Vois-tu autre chose après toi ?” Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine s’adresse à une mystérieuse figure que chacun porte en soi et que les acteurs se redistribuent sur scène comme à l’écran. Son rapport au désir, à l’amour, à la joie, à la norme y est sans cesse malmené ou pris dans un risque de retournement. La jeune metteur en scène Éléonore Weber poursuit ainsi une démarche entamée dans sa précédente pièce, Tu supposes un coin d’herbe, exploration d’un espace mental où se mettaient en place des logiques inavouables, soit la dissection de “principes relevant du champ politique, social, économique ou culturel et qui finissent par régir nos sphères les plus intimes”. À travers une succession de confidences réelles ou fictives, l’auteur esquissait le portrait d’un présent qui rend chacun étranger à lui-même, déconnecté du réel et de ses émotions. Mêlant image vidéo, univers sonore et mise en jeu des corps hors des conventions du spectaculaire, sa nouvelle création prolonge ce questionnement entre espace intime, qui n’est plus un refuge, et espace public. Elle y inscrit également des motifs qui portent sur l’identité et la transmission. Les brèches ouvertes par cette forme de portrait éclaté, jouant entre fiction et réalité, laissent entrevoir la quête d’un “nous” possible, un nous aujourd’hui manquant.
IF