Dans ces deux courts textes, Elfriede Jelinek saccage la belle idée reçue de l’art comme valeur suprême, intouchable: elle montre que là aussi, tout est poissé de consumérisme, de
sado-masochisme, de fascisme. Montrer est toutefois un bien grand mot car Jelinek ne prend jamais position, ne pose jamais la moindre affirmation sans aussitôt l’éperonner. Une
espèce de méthode dada, en très noir. En fait, elle vide le théâtre de ses illusions, conventions, coquetteries, complaisances et laisse tout le monde devant un gouffre. Proposer
un univers de remplacement, installer un nouveau système, ce serait contraindre à nouveau, fermer, boucher.
Elle préfère tout déblayer à coups de paradoxes ou de calembours et provoquer radicalement l’imagination.
Voilà le dispositif imposé, ou plutôt le piège tendu là par Jelinek : des acteurs disent, au moyen du langage qui, selon elle, ne peut porter aucune vérité, que les acteurs
ne peuvent porter aucune vérité. Plus rien ne tient.
Reste l’effectivité matérielle de la langue, du son, du bruit. Leur capacité à prendre la mesure de l’espace de jeu et des alentours.
Restent des corps en performance : « Les acteurs sont la parole, ils ne parlent pas. » Démystification absolue, affolement du sens au profit des sens.
Production : Sturmfrei, Théâtre du Grütli