Noëlle Revaz a écrit un roman. Rapport aux bêtes.Premier roman. Au milieu des terres, qu’elles soient suisses ou autres (Noëlle est de Lausanne), un homme, Paul, élève
des animaux. Des vaches sans doute. Et aussi ses enfants. En fait, ils s’élèvent tout seuls. D’ailleurs on ne les voit pas, on ne sait pas les compter. Comme quand en
imagination on tente de compter les moutons d’un champ ou les colonnes du Panthéon. Il a aussi une femme qui compte pour du beurre. Vulve, elle s’appelle. D’ailleurs elle va
bientôt partir. A l’hôpital, pour cause de crabe. Et puis il y a Jorge, le commis portugais qui arrive et repart avec la saison. Pendant quelques semaines, il va placer Paul
devant lui-même, ses émotions, ses désirs, ses peurs.
C’est difficile de raconter Rapport aux bêtes. Ça a la banalité triste et gaie, grossière et fine d’une réalité humaine. Indistincte. Ce qui ne se raconte pas surtout
c’est la langue de Noëlle Revaz. Comment raconter la musique ? Langue de l’intérieur d’une tête qui sonne du vide des sentiments. Les cherche ailleurs.
Il fallait l’élégance et la fragilité de Sébastien Bravard pour dire tant de brutalité. Il fallait un orchestre de bal et ses musiques sur lesquelles on s’est rencontré et
quitté, pour dire la solitude. La voix folle de Claire Vaillant pour dire la violence du désir. Il fallait, alors on va tenter de le faire !
Anne-Laure Liégeois