Un espace à l'abandon, rivage, terrain vague ou limite du monde.
Un homme au dedans. Seul, muet.
Rachel entre. Une voix se met à parler.
Récit d'une course. Traversée de pays, de villes, de visages, à l'affût d'une promesse.
"Je vous ai cherché. Sur tant d'autres terres. J'ai usé mon corps à chercher mes frères en chacun de vous".
La fragilité des mots parle d'une heure où les questions ressassées ne trouvent réponse qu'à travers une main que l'on tend, au besoin dans le vide.
La voix est adressée. A elle-même. A l'homme. A la masse du public devant elle. Ou au delà.
Un appel. Un aveu. Une possibilité de renoncement.
Enfin une irrésolution, portée comme seule protection et comme seule arme face au silence et à la chute des corps dans les caniveaux, les charniers, les supermarchés.
L'homme reste muet.
Seuls des contacts entre les deux corps adviennent, comme une ponctuation.
"Et moi, je prétendais aimer d'une façon aberrante".
Derniers mots de celle dont la recherche sans fin n'aboutit qu'à la rencontre avec un corps mort. Le sien. Le vôtre. Celui d'un frère. D'un étranger. D'une humanité toute
entière.
Des décombres de l'immobilité/du silence commencera un mouvement.
Yan ALLEGRET
Janvier 2001