Comment parler du silence, lorsque le silence se trouve dans les mots, sous les mots, telle pourrait être la question qui anime toute l'écriture de Samuel Beckett depuis ses
débuts et que l'on retrouve à travers ses variations les plus singulières. Le spectacle prend délibérément le parti d'explorer à rebours la quête beckettienne de dire je
exprimée dans son roman L'Innommable en 1953.
La Bouche de Pas moi (1973) en est réduite à ressasser les quelques bribes de phrases qui lui restent, proférées comme autant de fragments de mémoire, afin d'exprimer
toute la densité d'une existence humaine dans ce « concentrisme ».
Les trois protagonistes de Comédie (1963) ne sont guère mieux lotis, eux qui, dans leur anonymat, enserrés dans des jarres, semblent condamnés à répéter sans fin,
devant l'œil implacable d'un projecteur inquisiteur, la même histoire circulaire de l'enfermement, celle du pseudo-drame bourgeois composé de l'éternel trio : le mari, la
femme et la maîtresse. Alors, il faudra revenir à la source, au texte romanesque fondateur, L'Innommable, qui, dans sa logorrhée à la limite de l'essoufflement, finit pourtant
par déclarer : « Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. »
Cette traversée se veut donc un mouvement d'ouverture qui, à travers la frappe physique sur les mots, laisse résonner, non pas un sens, mais du sens, auprès du public en laissant planer l'humour infini de Beckett, lui qui, à la fin de sa vie, répondait à un de ses admirateurs lui déclarant lire ses œuvres depuis plus de quarante ans : « Comme vous devez être fatigué ! »
Théâtre assurément exigeant, éprouvant, et pour les interprètes, et pour le public, les sensations que provoque cette écriture sont à partager infiniment :
En face
Le pire
Jusqu'à ce
Qu'il fasse rire.
Samuel Beckett, Mirlitonnades