Jusqu’à présent, les textes de François Bon que j’ai travaillés pour la scène font parler des morts. En 1998, Vie de Myriam C.. faisait revenir sur
le plateau Myriam sortie de sa tombe, en 1999, Bruit donnait la parole à quatre SDF morts à Nancy. Dans, Quatre avec le
mort, c’est un mort qui fait parler les vivants.
Trois personnages : le fils, la fille et la belle-fille du père mort. Cérémonie d’une heure où les personnages vivants s’ouvrent le corps pour laisser le mort parler et
comme entrer en eux. La scène de théâtre est probablement un lieu privilégié pour le retour des morts. En l’occurrence ici pas forcément un lieu pour les larmes mais un lieu où
la mécanique de la langue (souffle, rythme, chuchotements) est elle-même la forme théâtrale.
François Bon ne convoque pas ici de situations variées ou évolutives. Il n’y en a qu’une. Celle de dire, pendant l’heure de théâtre, ici et maintenant ce qui doit être dit. Pas
d’entrées, pas de sorties indiquées, pas d’espace décrit, pas de didascalies. Cette absence de cadrage des dialogues appelle le metteur en scène et les acteurs à traquer la
forme induite, coulée dans la langue qui devient le principal acte de théâtre.
Trouver l’équilibre entre le simulacre et le réel appelle dans les pièces de François Bon à se reposer sans cesse la question du théâtre et de sa nécessité. En cela, son théâtre
m’est devenu indispensable. En cela, continuer à chercher avec lui depuis plusieurs années est constitutif de mon travail même si je ne sais pas vraiment vers où il va. Avec
lui, je sais que nous cherchons ensemble.
Que la Comédie-Française ait engagé avec nous un travail qui a permis avec des acteurs du Français de chercher pendant plusieurs séances le point d’équilibre du texte est un bel
acte de confiance qui nous a permis de porter haut l’exigence.
Le temps que nous avions pris avec François pour Vie de Myriam C. au Centre Dramatique National de Nancy, celui pris avec Théâtre Ouvert pour le
chantier de Bruit et pour Quatre avec le mort à la Comédie-Française ne peuvent que nous inciter à privilégier dans tous
les lieux de création théâtrale ces moments de retrouvailles où auteurs, metteur en scène et acteurs se mettent en position de recherche.
Charles Tordjman