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Présentation

Purgatoire n’est pas une pièce qui a quelque chose à dire: c’est une pièce qui propose une opération. Purgatoire ne cherche pas à représenter, raconter, décrire, signifier : Purgatoire travaille à la possibilité d’un événement. C’est un dispositif qui saisit ce qui est à sa portée, ici et maintenant, de l’endroit où nous sommes, pour le transformer en quelque chose d’autre. Purgatoire se présente comme un spectacle qui n’a pas lieu: quelque chose empêche le spectacle, il y a un problème et le problème bloque tout. On attend tous qu’il se passe quelque chose. On commence à se demander ce qu’on pourrait ou devrait faire. Il faut bien faire quelque chose, on ne peut pas rester comme ça. On voudrait tous que quelque chose arrive, quelque chose de réel, tout le monde veut, voudrait, souhaite, souhaiterait que quelque chose arrive.On attend. C’est un peu long. On se prépare. On imagine. On raconte. On appuie fort où il faut. On prend des options. Il y a du danger. Il y a des gens. Les gens sont calmes, intelligents, armés. Ils sont toujours au bord de faire quelque chose: quelque chose qu’ils ne font pas, et qui serait terrible: car alors ce ne serait plus du théâtre. Comme si l’ennui, la répétition, le somnambulisme ne pouvaient se résoudre que dans une sorte de catastrophe, une situation-limite, un événement de rupture. Comme si le seul geste capable de briser la monotonie était forcément un geste dévastateur, un désastre, une irruption de réel brut. Ce n’est pas possible, bien sûr. Purgatoire, c’est une manière d’habiter le fiasco. Purgatoire, c’est comment faire quelque chose depuis nos incapacités. Purgatoire, c’est l’écart dans lequel se loge la représentation: translation d’espace, de perspective, de profondeur, décalage de ce qui est là vers un dehors proche et lointain, plus ou moins inquiétant, peut-être mortel. Purgatoire, c’est un combat sans merci entre ironie et littéralité.

Joris Lacoste