L’écriture de Rémi de Vos, l’air de rien (c’est la grande force des vrais écrivains), a quelque chose d’éminemment paradoxal…Plus elle ressemble à une mécanique, plus elle est
sensible. Plus elle ose la sécheresse de l’entomologiste, plus elle laisse entendre en creux, avec un respect, une tendresse incroyable, la fragilité des êtres, la maladresse de
leurs désirs, l’infini de leur solitude. Et plus ses pièces s’enferment entre les quatre murs d’un quelconque intérieur d’une quelconque banlieue anonyme, plus elles sont
traversées, dévastées par le raz de marée de l’Histoire et de la Politique.
La clef du mystère ? La langue, qui est l’objet même du théâtre de De Vos, le lieu du drame. Ici, les personnages ne parlent pas : ils sont parlés, effroyablement
habités, hantés, hantés par les discours de la Bêtise, des médias, des consensus mous et autres machines aliénantes de la violence politique. Ecoutez bien ces pauvres
hères : ils nous ressemblent tant ! Riez bien au jeu de massacre : c’est vous qu’on vise (qu’on exorcise ?)…
François Rancillac