Spectacles
Prendre... appel, Donner... corps, Rendre... l'âme
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« - Qui qu’on est, d’où c’est qu’on vient et où c’est qu’on va ?
- On va vous l’dire nous !
- Ouais, on va vous l’dire ! »
Comment répondre sérieusement à ces questions aussi absurdes que radicales ? Hanna Arendt n’écrivait-elle pas qu’une des plus grandes difficultés de notre existence est d’accepter que celle-ci n’a aucune raison d’être ?
Ils sont cinq. Cinq ahuris à la théâtralité bousculée. Ils sont cinq à questionner le monde dans son incommensurable chaos. Et ils doivent dire !! Répondre, proposer, avouer, témoigner, confesser, improviser, professer, EXISTER !! Jongleurs de mots, acrobates de vie, dresseurs de morts. Funambules virtuoses, clowns monstrueux, équilibristes grotesques.
Alors quoi, dire la colère, le désespoir, la vanité. C’est pathétique. C’est tragique de dérision dérisoire. Ca rigole pour pas pleurer. Ca gueule pour pas pleurer. Ca joue pour pas penser ! Mais le monde ça envahit !
Qui sont-il, ces personnages ? On ne le sait pas. Ils sont là comme attendant Godot, rendant compte de quelques faits divers un peu pataphysiques, quatre « interludes sanglants » qui décrivent, avec art, quatre façons plus ou moins féroces de mourir ou de donner la mort. Façons féroces, improbables, pourtant tout à fait vraisemblables tant est forte et précise la conviction de leurs descriptions. On meurt, là, de façon zoophilique, carnassière, systématique et artistique. On peut y voir un matricide, un meurtre incestueux, … Mais ces « interludes » ponctuent d’autres abîmes, plus existentiels ceux là… Hannah Arendt n’écrivait-elle pas qu’une des plus grandes difficultés de notre existence est d’accepter que celle-ci n’a aucune raison d’être ?
Il y a du Beckett là-dedans, dans la retenue, avec de la rage. Il y a du Guyotat par certains vertiges d’écriture. Du Valletti, aussi, avec sa colère contre l’injustice sociale. Enfin, il y a une énergie vitale, urgente, générationnelle, intempestive et très irréductible !
Luc De Maesschalck
Ce qui nous unit, avec Perrine Griselin, c’est que l’on est pareillement tempétueux.
Ce qui nous assemble, c’est la colère, c’est ce rythme intérieur, cet espèce d’emportement insensé. Elle écrit comme j’aimerais écrire si j’écrivais : dans le rythme et dans
le rire…
J’ai envie de faire rire !… Parce que tout ça est tellement à pleurer.
Tout ça, c’est de l’histoire de mort. C’est l’histoire de nos morts et de nos guerres, des histoires que l’on aimerait mieux voir sur une scène que derrière nos volets…
Perrine Griselin parle de la mort, de morts, de guerres et de choses qui relèvent de l’ordre du chaos, mais qu’elle conduit sur les sentiers du rire.
Car si on ne veut pas en pleurer, il reste à en rire.
Le mécanisme du rire, chez elle, vient du trop plein, du « trop » !
Elle écrit trop !… Il y en a trop !
Et puis, il y a le culot avec lequel elle fait ça.
Quel culot !
C’est un texte où il y a des silences. Ces silences sont à entretenir.
Enfin, c’est un texte qui recouvre un cri,
un cri qui dirait : « Pourquoi… !? ».
Comme Patrick Vignau, Jon Fosse, Jean-Luc Lagarce…, Perrine Griselin correspond à mes extrêmes. Les premiers sont dans le secret. Elle, elle dit tout – plus que tout ! – mais avec elle, comme avec eux, on atteint le fond du puit. Et c’est par là même qu’en moi, elle les rejoint.
Enfin, comme chacun sait, le rire augmente notre espérance de vie.
Jean-Michel Coulon