Déjà dans Premier Amour, la dérision beckettienne apparaît en filigrane. Ainsi la nouvelle préfigure-t-elle l’humour ravageur et le questionnement existentiel qui
caractériseront toute son oeuvre, notamment théâtrale.
A mi-chemin entre la mort et le désir, entre le silence et la parole, entre la cruauté et la tendresse, Beckett affronte ici son incertitude d’aimer et nous livre, avec une
sincérité déroutante, les interrogations et ressentis de sa rencontre avec Anne-Lulu. Un premier amour qui, pour l’auteur, devient vision de l’amour en général, sujet récurrent
de ses écrits où trône toujours comme unité de base le couple ou la paire. Sans cesse cet autre qui dérange, qui fracture l’enfermement solitaire, cet autre qui, ici sous les
traits de la prostituée, de la femme puis de la mère prend « cet affreux nom d’amour ».
Production : Théâtre de L'Atelier
© Hélène Bamberger / Cosmos