Pluie de cendres n’est pas une pièce d’actualité. La réalité dont la pièce se nourrit peut être, c’est vrai, celle de Srebrenica, de Grozny ou de Stalingrad, mais est-elle très
différente de celle de Carthage ou de Troie ? Les photos des journaux nous le montrent tous les jours. Nous découvrons régulièrement des visages et des silhouettes que l’on
croyait appartenir à l’antiquité : de vieilles femmes ridées qui pleurent sur leur maison. De jeunes femmes endeuillées qui hurlent au ciel. Des combattants exsangues qui
montent se cacher dans les collines, à dos de cheval. Des gamins, en loques, qui lancent des pierres. À chaque nouvelle guerre, nous nous rendons compte, avec stupéfaction, que
l’antiquité est contemporaine. Ou plutôt que l’actualité est barbare.
Je ne cherche pas à décrire de façon réaliste la chute d’une ville – à ce jeu, le théâtre ne pourra jamais rivaliser avec le cinéma. Ce que je cherche, c’est à faire entendre le
chant sans âge de la tragédie. Faire résonner la voix de ceux que le sort écrase. Être avec eux, par la magie du théâtre. Les accompagner. Suivre leurs trajectoires. Et épouser,
le temps de la représentation, leur destin.
Laurent Gaudé