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Note d’intention

Nous prendrons le plateau comme un espace insoumis au temps, il sera le sentiment d’une mémoire de cendres froides. Un feu éteint depuis longtemps traversera les acteurs et l’ineffable cèdera la place à la parole.

Passé - je ne sais où, qui revient est un voyage dans la tonalité du souvenir, un voyage entre plusieurs mondes : le théâtre, la part obscure de la mémoire d’une petite fille de 5 ans, le pays du Sourd Sommeil.
Les acteurs nous guideront d’un monde à l’autre par les portes étroites, les passages secrets, et les tunnels parfois plongés dans l’obscurité.
Ils désigneront de leur corps de leur voix les espaces et ce qui les lie
Ils passeront d’un rôle en démolition à un autre qui émerge, d’une réalité à une autre.

Aux acteurs, danseurs et musiciens.

Bientôt nous approcherons Passé - je ne sais où, qui revient.
Nous écouterons non pas ce que dit la langue mais ce qu’elle fait.
Est-ce que la voix nous entraîne au-delà des choses, Suspendue quand elle s’enivre d’elle-même ou quand elle grouille dans le bruissement de l’humanité et dans les cris lointains où regorge l’immense douleur ?

Acteurs, apportons le texte à l’endroit précis et juste…Vers la clarté, même dans l’obscur !
Afin que d’une chose puissent résonner des multitudes d’autres choses, faites que votre corps soit monde !
Trouvez les chemins ! trouvez les !
Passez les visions par le corps :
En accusant le coup d’une vision ou d’un mot brutal par un sursaut,
En fredonnant une ritournelle,
En empruntant l’élan, le geste de l’absent,
En adoptant certaines formes d’apparitions et de disparitions… .

Il s’agit de théâtre, nous sommes dedans et nous l’aimons.
L’acteur est le lien, le sorcier médiateur entre le public et les figures qu’il traverse.
Il se laisse manipuler par des forces et doit aussi pouvoir les maintenir.
Il a le pouvoir d’être affecté et de montrer ce qui l’affecte.
L’acteur est improvisateur, il existe par l’inattendue…Et vivre arrive à chaque instant.

Ensemble (tous les onze), nous voyagerons dans les espaces mystérieux de Passé - je ne sais où, qui revient et tendrons à les rendre concrets : en route vers une chambre d’hôtel à l’heure exacte du sifflet du train, réel comme une secousse des nerfs.

Scénographie et lumière

Les rapports de distance seront traités avec minutie permettant l’ouverture et la superposition consécutives de plusieurs images, le chevauchement de temporalités.

La table est la surface principale des rêveries.
La table est le relief de l’écriture.
Table lit, table plateau, table porte, table à remonter le temps…. On entre dans la surface et des formes en sortent.
Sur ce plateau se superposent des fictions, des modes de jeux de registres différents, un même lieu en transformation et déformation continue.

Lumière
Une réalité alternative

Des flaques de lumière, tombant d’on ne sait où, détachent dans l’obscurité de la nuit l’espace d’un lit ou de la table, la tête de libellule, l’ampoule d’une lampe.

Bout de carte déchirée, pièce de puzzle… Des zones de l’image isolées font valoir l’ombre ambiante des flaques de temps : moments brefs d’apparitions où les contours sont estompés.

Ellipse par éblouissement de la lumière, effet d’optique et image subliminale :
Tout peut disparaître dans le blanc ou dans un jaune solaire.
Un être est effacé de la place où il se trouve laissant le champ vide apparaître derrière lui.
Des personnages disparaissent parfois juste une ou deux secondes.

Musique
Mémoire papier musical

La musique se construit à vue.
Elle franchit tous les passages des mondes comme un courrant d’air, réveillant les énergies, poussant les êtres l’un vers l’autre.
Elle ne reste pas insensible aux secousses, aux déplacements de réalité.
Elle est ce qui reste après l’événement.

Deux musiciens proposeront la cadence et la tonalité de la traversée, la traversée du temps sur le plateau de cendre : Un tourbillon permanent de force audible.