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Propos de l'auteur

Le projet « Pas si passé que ça » est né des ateliers d’écriture. Paroles recueillies dans un premier temps, puis très vite écrites, et surtout réécrites. Car il s’agit moins de recueillir que de transformer, par le jeu de l’écrit, une expérience. Nous déshabituer de la langue, la fatiguer (Barthes), pour se la réapproprier et cesser de la subir. Chaque atelier devient l’occasion d’appréhender la langue comme une langue étrangère. Ainsi s’opère peu à peu le passage de l’expérience vécue à l’expérience transmissible, de l’intime à la parole publique, du réel vers la fiction, du dedans enfin, vers le dehors. Travail de transformation nécessaire pour sortir de l’écueil du témoignage à chaud, d’une soi-disant parole brute seule apte à retranscrire le réel. L’enjeu est le spectacle. L’enjeu est la fiction. L’écriture doit suivre.

Le deuxième volet consistait en une commande d’écriture. Commande difficile car à la multiplicité de styles (rappelons le encore, l’enjeu de tout atelier d’écriture doit être l’obtention de la singularité) devait répondre un seul, celui de l’auteur. Travail d’autant plus difficile que la qualité des textes produits exigeait un travail à leur hauteur, qui ne les absorbe pas mais au contraire tente en créant du lien de les mettre en valeur. Composer l’ossature du spectacle en quelque sorte, mais une ossature dont la dorsale serait suffisamment souple pour accueillir plus tard d’autres textes, lors d’autres ateliers. Une écriture en retrait, respectueuse des textes produits.

Le choix de la comédie musicale ou opérette. Troisième volet incluant la commande de musique à un compositeur, Franco Mannara. Pour satisfaire aux exigences du projet, mélangeant professionnels et amateurs, il parut peu à peu nécessaire de trouver une forme en adéquation avec le fond, respectueuse à la fois du sujet choisi et de la diversité des participants. Parce qu’elle est populaire, parce que la chanson et la musique sont des média qui permettent un accès à la fois plus direct mais aussi plus sensible au monde, le choix de la comédie musicale ou opérette s’est peu à peu imposé. Forme aux codes marqués, elle permet à la fois le jeu avec les personnages mais aussi et surtout la mise à distance, la transgression douce du réel (l’habitation, les conditions de vie, l’invocation de souvenirs…). Et si la fiction était la seule apte à rendre compte du réel ? Une fiction où bien sûr, tout finirait par des chansons.

Philippe Malone

On raconte qu’au huitième jour, dieu fit le balai. C’est pas le tout de créer, mais après, faut assumer. Un homme, ça a tôt fait de tout salir. Ça vous transforme vite un paradis en décharge publique. Un dimanche entier pour trouver l’idée, à dieu. Le balai, au petit matin du lundi suivant, était planté sous le pommier, un serpent enroulé autour pour faire joli. Puis ça tombait bien, il avait déjà la femme. Ça lui éviterait de perdre un jour supplémentaire pour apprendre le maniement du plumeau à ce fainéant d’Adam. « Ainsi dieu vit que c’était bon pour l’homme, et ordonna à la femme etc etc », on connaît la suite…
Philippe Malone – Extrait de « Pas si passé que ça »