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Propos du metteur en scène

Il y a plusieurs années je présentais un spectacle en appartement : Les Oranges. d’Aziz Chouaki.
La propriétaire d’un appartement dans lequel nous venions de jouer m’a dit :
« Les murs et les meubles de mon salon ne sont pas près d’oublier ce qu’ils viennent d’entendre ».
La notion de fantôme venait de se concrétiser dans mon esprit, grâce à cette spectatrice. Nos souvenirs et les émotions qui y sont liés prennent corps par les objets et les pièces où ils sont nés : nous sommes les propres catalyseurs de nos fantômes.

Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es !
Dire dans quel quartier, village, cité on habite donne un repère de lisibilité sociale. En arrivant dans une commune, un quartier… on regarde d’abord l’architecture, pourquoi ce style de maison, son standing, les matériaux utilisés, comment est orientée la commune : que regarde-t-elle ? Déjà nous arrive une pluie d’informations sur sa population et son organisation sociale.

En Lorraine, il y a des logements qui étaient directement liés à l’industrie, à sa hiérarchie, au besoin en matière humaine pour faire fonctionner cette énorme structure qu’était la sidérurgie. Aujourd’hui tout ceci a disparu : les usines, les ateliers, les canaux, alors qu’ils semblaient constituer une force inébranlable. Sur les sites de ce passé, il ne reste que l’habitat en signe extérieur, et chacun a renfermé dans le secret de son chez-soi, la mémoire de cette époque…

L’évolution, la reconversion…
Une nouvelle organisation se met en place, bouleversant l’urbanisme. Pour certaines communes, la proximité de grandes agglomérations va les transformer en village-dortoir, les petits commerces vont disparaître au profit des grandes surfaces.
La télévision, la voiture, Internet et les téléphones portables seront de nouvelles fenêtres qui voudraient nous vendre de la convivialité.

Une mémoire s’efface, une nouvelle vie se met en place, les objets, les calendriers restent, impressionnant le temps. Posé sur une étagère, un album photo, l’histoire édentée d’un grand-père qui s’oublie dans un passé révolu.

Laurent Vacher

Mon cochon
Le cochon bien gentil, je l’appelais Albert. Je le caressais avec sa queue en tire-bouchon Je courais derrière, je croyais qu’il avait faim, je lui donnais à manger, il aimait jouer. Chaque fois que j’allais dans le jardin, il fallait que je lui donne à manger ; il mangeait bien. Je lui donne comme nous à manger. Chaque fois qu’il crie. Qu’il mangeait bien ! Mon pauvre Albert est mort de bonne nourriture. J’en étais malade !!
Clothilde, habitante de Frouard