.... C’est ça que devrait peut-être penser le théâtre : qu’il ne repose plus sur du vivant, mais sur les mécanismes du vivant, qu’il n’a pas à métaphoriser ou apporter son commentaire sur le réel mais être de l’ordre du réel, dans l’acte in vivo, qu’il devrait peut-être enfin vraiment transgresser les procédures de la représentation et de la métaphore pour passer à l’acte : la manipulation du vivant lui-même ou l’écriture en temps réel. Que le théâtre soit le lieu, au sens d’expérience, le lieu de la manipulation du vivant. Alors Pascal Rambert fait table rase : évacue le texte a priori, les images prédisposées, tout ce qui fait échec au temps qui passe et s’écrit in vivo. Son théâtre, c’est celui qui fera coïncider temps et écriture, un théâtre performatif qui ne croit plus en ce qui lui préexiste : Paradis serait un théâtre d’actions au temps qui passe, un théâtre qui active ce temps, mieux, qui l’écrit dans le temps qu’il lui faut pour s’écrire : le temps réel de Rambert est le temps nécessaire que prend son écriture.
Laurent Goumarre