C’est une invitation au dépaysement, géopolitique et théâtral, auquel René Pollesch nous convie. Dans un espace scénique formé par trois camions conteneurs – élaboré par Bert Neumann, l’inventif scénographe de la Volksbühne – où l’on peut suivre entre autres les développements d’un “clip” permanent sur un grand écran, Pablo vivote de son petit boulot d’employé de supermarché discount, dont les structures de travail sont proches de celles d’une ville du tiers-monde développée et asphyxiée qui sert aujourd’hui de modèle social et urbain aux métropoles occidentales. Pablo, entouré d’une sorte de communauté solidaire, vit dans sa quotidienneté de cobaye laborieux les contrats de travail falsifiés, les “conventions collectives” biaisées, le syndicalisme dévoyé ou empêché qui ont débarqué sur le vieux continent. Pablo au supermarché Plus est le dernier volet d’une trilogie démarrée avec Telefavela et Svetlana dans la favela. Calqué sur les telenovellas brésiliennes, feuilletons kitch multipliés à l’infini, le soap opera de René Pollesch devient une ruse, un détournement de forme et de fond, un cheval de Troie pour introduire la subversion à travers une forme simple et universellement répandue. Ici, le public assiste aux tribulations improbables, délirantes et hilarantes du personnel d’une supérette allemande dont le flot continu de paroles survoltées contourne toutes les frontières de la hiérarchie et de la géographie pour en inventer de nouvelles.