Comment parler de ceux qui sont tout sauf moi ?
De ceux qui ne correspondent pas au référent dominant : jeunesse, performance, beauté, dynamisme.
De l’isolement qui frappe nos vieux, de leur mise à l’écart dans nos sociétés occidentales.
Aujourd’hui, nous vivons de plus en plus vieux et notre rapport à la mort et à l’existence s’en trouve bouleversé. Nos sociétés modernes se sont fortement éloignées des
structures religieuses qui permettent de croire à la vie éternelle.
Comment ne pas avoir peur de vieillir quand on ne croit pas à une existence au-delà de la mort, à un paradis qui nous permettrait de jouer une deuxième mi-temps ?
Vieillir c’est apercevoir notre finitude.
Avez-vous peur de vieillir ?
On vous a donné cette peur ?
Qui vous l’a donnée ?
Quelle est son origine ?
Avez-vous peur dans le ventre ou dans la tête ?
Qu’est-ce qu’elle vous ferait faire ?
Utilisez-vous des produits anti-vieillissement ? Pour préserver votre capacité intellectuelle ? Vos ébats sexuels ?
Avez-vous peur de voir vieillir vos proches ?
Pensez-vous que votre mari est vieux ? Votre femme ?
Jusqu’à quel âge pensez-vous faire l’amour ?
Aimeriez-vous vieillir sur le sol français ?
Quelle serait la spécifi cité de ce qu’on appelle un vieux ?
Y a-t-il des idées typiquement vieilles ?
Qu’est-ce que se sentir vieillir ?
Est-ce que perdre sa mémoire, c’est perdre son identité ?
Certaines de ces questions nous ont incités à une immersion d’un mois et demi dans une maison de retraite à Villejuif : AREPA. Nous voulions questionner le devenir vieux de notre société, interroger les mémoires individuelles et collectives qui se façonnent aujourd’hui et de comment ça se fabrique, où ça se trouble, une mémoire.
Julie Bérès, janvier 2007
Le vieillissement, la perte de mémoire sont-ils des sujets de théâtre ? Perdre sa mémoire, est-ce perdre son identité ?
Avec On n’est pas seul dans sa peau..., j’ai voulu mettre en scène un voyage mental et sensoriel. Celui d’une femme au crépuscule de sa vie, dont la mémoire défaillante
rejaillit en bribes d’existence, en morceaux de vie vécus ou rêvés, en fragments de souvenirs oniriques, tissés de paroles, de corps et d’images.
Julie Bérès, août 2007