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L’adaptation dramatique, par Christine Koetzel, de On n’est pas là pour disparaître constitue un très beau paradoxe. Le récit d’Olivia Rosenthal décrit les ravages de la maladie d’Alzheimer qui « réduit un homme à l’état de page blanche sur laquelle plus rien ne sera jamais écrit ». Ainsi, le texte, dans un premier temps, et sa représentation, dans un second, parlent d’amnésie et d’aphasie… Ce faisant, le théâtre - qui est le lieu même de la mémoire –parvient à retenir ce qui s’échappe aussi inexorablement que du sable fin entre les doigts de la main. La scène contient le texte, le rappelle… Eh ! quoi ! de toute évidence, il était urgent de le faire, d’écrire, de dire, de faire entendre la polyphonie qui entoure la catastrophe qui vient d’avoir lieu. Le spectacle est comme la rapsodie de l’intraitable.

Tout commence par un fait divers. Sans raison apparente, Monsieur T. a poignardé sa femme, avant de s’enfuir dans le jardin des voisins. Un examen psychiatrique met en évidence la manifestation d’une forme de « la maladie de A ». Autour de Monsieur T., il y a sa femme (qui a survécu à ses blessures), sa fille (qu’il prend pour sa femme), son médecin, Aloïs Alzheimer en personne, et, même, l’auteur qui s’interroge sur le sens de son écriture… Bien qu’il soit question d’un sujet brûlant, le propos n’est pas de mener une enquête sur le développement inquiétant de la pathologie. Il s’agit plutôt d’interroger le rapport de l’homme au langage. La maladie n’est « intéressante » qu’en ceci qu’elle peut nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes, sur notre propre existence : « Qu’est-ce qu’un homme quand le langage, les gestes du quotidien, son histoire le quittent… ? (…) Est-ce un retour à la page blanche ? Et d’ailleurs de quoi est faite notre page blanche ? Que nous a-ton transmis ? Quelles traces laissons-nous ? »

Olivier Goetz
in Brochure saison Théâtre de la Manufacture, CDN de Lorraine-Nancy

© Eric Didym

Guy Amard (Scénographe) , Marie Cambois (Chorégraphie) , Eléonore Daniaud (Costumes) , François Dietz (Création son) , Florent Golfier (Assistant(e) à la mise en scène) , Olivier Irthum (Lumières) Henri Degoutin (Voix), Michel Deltruc (Batterie), Louis-Michel Marion (Viole de gambe, contrebasse), Olivier Irthum (Régie lumières)