Les sorcières ne connaissent pas la crise. Mieux, elles connaissent le plein emploi. Elles recrutent, elles réquisitionnent, elles rappellent les réservistes ! Normal, les
gentils sont légion, il en naît constamment, à tous les coins de rue, les sorcières ont du pain sur la planche. Mais ici, il semble que les gentils aient disparu. Se sont-ils
mieux cachés, ou bien les ont-elles vaincus ! Eradiquée, la race des gentils ! Seulement voilà, malheureusement pour elles, elles sont accros, addictes,
malificodépendantes, les sorcières. Et ça, quand le gentil vient à manquer, et bien il faut l'inventer. Nos deux sorcières Boutbois et Toutmolle vont trouver mieux : elles
vont faire les gentils ! Et hop ! Elles se déguisent en une maman accompagnée de sa fille. Elles vont prendre leur rôle bien à coeur et… Les voilà parties à la
découverte du « monde des gentils », du vrai monde ! De l'autre côté du théâtre, une fillette sort de sa cachette. C'est une gentille. Mais elle, ce qui
l'intéresse, c'est de savoir comment cela se passe dans le « pays des méchants ». Mais ce pays n'ouvre pas ses portes aux pattes blanches. Elle se déguise alors
en lutin et entre dans le « Pays Enchanté et Maudit ».
« On a perdu les gentils » c'est l'histoire de deux voyages initiatiques croisés. Chacun part de là où l'autre doit arriver. Chacun part en quête de ce qui lui est
étranger. On est emmené sur ces chemins croisés de surprises en surprises, comme on avance sur un parcours à épreuves. On pense à ces jeux numériques dont le niveau suivant ne
nous est accessible que lorsque notre mission est un succès.
Laure Bonnet aborder de multiples questions importantes, que l'enfant ne manque pas de se poser lorsqu’il observe le monde qui l’entoure. Le monde ne ressemble pas à celui des
livres pour enfant. Le monde des enfants n'est plus étanche à celui des adultes. Comment pouvons-nous leur expliquer ce qu'ils vivent, ce qu'ils voient ? La force de
l'écriture de Laure Bonnet est cette impressionnante faculté de dire le « monde des méchants » dans sa violence et sa cruauté avec humour et poésie. Elle le fait en
interrogeant la figure du monstre. Nous sommes a priori en terrain connu : il y a des sorcières, des lutins, des dragons, des rois-grenouilles, des farfadets… Mais de
l'autre côté du monde, sans baguette magique, sans yeux magiques, le « monde des gentils » se révèle, parfois, bien moins reluisant que l'on pourrait croire.
Lequel des deux mondes est le pire ? Avec quels yeux doit-on les voir ?
La pièce se termine ainsi en chanson :