Oma a cent ans, et ce serait déjà bien suffisant de s'être cogné le siècle comme on dit, dans ses épisodes les plus dramatiques, il faut encore qu'on vienne lui demander des
comptes sur cette progéniture considérable qu'elle y aurait semée et dont personne ne sait ce qu'il est advenu. On la soupçonne du pire. A chaque génération, les gens d'en bas lui
ont envoyé leurs gendarmes.
Elle-même se perd entre les enfants qu'elle a portés, avortés, engendrés, abandonnés, oubliés, trouvés, nourris, rendus et ceux qu'on lui a ôtés...
Sa guerre à elle, secrète.
A présent, c'est l'engeance elle-même qui vient jusqu'ici, la harceler et l'appeler "Oma", c'est-à-dire maman. Exclusivement des "filles" qui se réclament de sa descendance,
viennent boire son eau, chercher une identité, une histoire, un nom, un père, un geste de tendresse, une bénédiction, un mot d'amour.
Oma proteste, tempête, renâcle, s’emmêle, se débat... Rien à faire, la vermine s'agrippe à ses basques.
Décidément la paix n'est pas encore pour tout de suite.