Rechercher
 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Ode Maritime Accueil
Partager cette page » 
 
 
 

Avec Claude Régy, l’imaginaire nous sauve d’un réel souvent éprouvant en nous ouvrant des espaces de rêve et de mystère qui touchent au plus profond de notre nature humaine. Sa rencontre avec Fernando Pessoa, auteur qui ne vécut que par les songes, par divagations successives et démultiplication de lui-même, était sinon inévitable, du moins naturelle. Dans un monde moderne où la réalité est fortement mise en doute par le virtuel, faire entendre le poète portugais dans ce qu’il a de plus violent et de plus délirant revient à plonger dans ce que la création artistique a de plus nécessaire. Dans cette Ode maritime, on se brûle aux limites d’un univers de violence et de cruauté, magnifié par un lyrisme débordant, rageur, extrême. Il n’y a que Pessoa pour évoquer le chaos du monde en agençant les mots d’une façon aussi précise, aussi structurée. Et il n’y a que Claude Régy pour bousculer une nouvelle fois les certitudes d’un théâtre qui pourrait nous rendre plus consommateurs que spectateurs agissants. Ensemble, à ceux qui veulent aller au plus loin dans la liberté des désirs, il propose un exaltant périple imaginaire. Ici, la mer est bien plus qu’une immense étendue d’eau : c’est un appel au voyage, dans la lignée de ceux lancés en leur temps par Samuel Taylor Coleridge ou Walt Whitman. Mais en écoutant les mille vers qui composent Ode maritime, on perçoit que ce n’est pas seulement la mer, présente sans être clairement décrite, qui intéresse Pessoa, mais aussi et surtout le monde des navires, le monde des machines, le monde moderne. En dénonçant au passage les campagnes impérialistes de sa nation et la violence qui en résulta contre les populations colonisées, il fait ici œuvre iconoclaste dans un pays qui vécut et survécut longtemps grâce à ses possessions territoriales lointaines. C’est par la voix unique de Jean-Quentin Chatelain que seront suggérées toutes les nuances de ce texte qui ne refuse ni le lyrisme envoûtant, ni le cri terrifiant, ni même la douceur d’un murmure chuchoté.

Jean-François Perrier

© Mario del Curto

Alexandre Barry (Assistant(e) à la mise en scène) , Philippe Cachia (Création son) , Rémi Godfroy (Création lumières) , Sallahdyn Khatir (Scénographie) , Claude Régy (Création lumières) Sallahdyn Khatir (Costumes, lumière), texte français de Dominique Touati, revu pour le spectacle par Parcídio Gonçalves et Claude Régy