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A propos de la pièce…

Music-hall traite de la mise en abîme du théâtre au théâtre. La pièce a pour sujet le monde du spectacle vivant. Elle met en lumière les aléas des tournées, les relations parfois difficiles entre les artistes et le personnel technique des salles. Elle parle de l’amour qu’il faut pour faire du spectacle et de l’amour que cela donne. Elle parle d’un monde que Jean-Luc Lagarce connaissait bien comme le dit Dominick Parenteau-Leboeuf « la vie des tournées où les plafonds sont bas, les espoirs élevés et les repères perdus quelque part dans le noir ». Face au grand trou noir de la salle, c’est La Fille qui commence. Elle puise dans sa mémoire « usée » pour raconter – par bribes, la vie de son spectacle, la vie des artistes qui le portent. Tour à tour, ils diront cette vie-là. Les échanges entre les trois, c’est comme un jeu. Traces d’enfance. Taquineries puériles. Joies simples. Moi, je. Caprices. Disputes. Pour retrouver insouciance et légèreté, pour se libérer du poids des désillusions, on s’amuse d’un rien, on chante, on danse, on répète « une fois de plus et là pour rien, qu’est-ce que cela peut faire ? ». Et toujours leur force de vie l’emporte sur le réel « on fait semblant, on triche aux extrêmes ». La fille trônant - telle une reine mélancolique sur un tabouret de pacotille, et reprenant avec ses deux boys cette chanson de Joséphine Baker qui résonne comme un chant crépusculaire « Ne me dis pas que tu m’adores, Mais pense à moi de temps en temps… ».

Music-hall se révèle une œuvre insolite, joyeuse, alerte, pénétrante. La pièce est une suite de fragments où jaillissent sans cesse parenthèses, digressions, arrêts brusques, suspensions, silence, rires. Notre intention a été de traduire l’élan formidable de ce poème « fou » à travers une mise en scène vive, décidée. Dire dans l’urgence, parce que l’on sent bien que ça va vite. La langue de Lagarce est précise, stylisée, rythmée. Sur le plateau, Music-hall nous a insufflé le désir d’inventer les « entre deux » de l’histoire, de créer des situations qui entrent en friction avec le texte de Lagarce. Ainsi, les personnages passent sans trêve d’une situation réelle à un moment imaginaire – où les fantasmes de chacun sont mouvements de l’âme. Nous avons construit la représentation avec plusieurs modes d’écriture : théâtre, musique, arts plastiques, et image. Poursuivant notre recherche de proximité avec les spectateurs, nous les invitons à partager l’espace du plateau avec les acteurs pour emprunter un chemin poétique et onirique.

Dany Simon