« Les personnages de cette pièce, outre moi qui parle d’art – et, je vous préviens, je suis assez intarissable (je compte sur votre endurance) – les personnages de cette
pièce sont deux présidents de pays. Ce sont des personnages historiques, figurant, par conséquent, des êtres qui furent libres avant leur mort aussi attestée que le fût leur vie.
J’ai dit qu’ils étaient morts, ce qui est vrai. Mais ce qui n’empêche pas qu’on parle d’eux, encore, et qu’on convoque ici pour le théâtre simple des copies, je le reconnais, bien
approximatives. Il y a le capitaine président du Burkina Faso, Thomas Sankara. Il y a le président de la République Française, François Mitterrand. Entre nous, ce sont tous les
deux de sacrés numéros.
François Mitterrand et Thomas Sankara. Ces deux phénomènes se sont rencontrés quelquefois, au milieu des années quatre-vingt. Et toujours, ils se sont attirés l’un l’autre,
interrogés l’un l’autre, agacés l’un l’autre. Il est juste de dire que c’est plutôt le jeune Sankara qui, à ces occasions, fut en position de mordiller, parfois de mordre, les
mollets septuagénaires du buffle d’apparence un peu hiératique et blasée.
Faites comme moi… fermez les yeux, quelques instants, et écoutez bien… La scène est sur la scène, et la scène représente la terrasse de la présidence, à Ouagadougou, le 17
novembre 1986. Le lieu est sobre et dépouillé. Des néons sont accrochés verticalement aux troncs des palmiers. Une longue table a été dressée. Chaque convive a devant lui trois
verres. La nuit est douce, presque fraîche. Des chauve-souris dansent un ballet qu’il vaut la peine, un temps, de suivre. Leur cri est un beau cri inconnu dans les Landes. Il n’y
aura pas de bande son. Ouvrez les yeux, vous êtes au théâtre, au théâtre simple. »