theatre-contemporain.net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Même pas mort DU THÉÂTRE A BRÛLER
Partager ce spectacle » 
 
 
 

DU THÉÂTRE A BRÛLER

On s’amuserait à réinventer (joyeusement) le théâtre pendant le temps d’une représentation. Un chœur joyeux et équivoque danserait, chanterait et parlerait avec et contre (tout contre) la mort. Des niques, on lui ferait…

On tenterait de reprendre des formes archaïques, foraines, littéraires ou orales, pour s’en approprier aujourd’hui et tenter de parler du monde de façon "carnavalesque" (pour reprendre une expression de Bakhtine à propos du monde de Rabelais), voire équivoque.

Nos références iraient des "fatrasies" moyenâgeuses à Alfred Jarry en passant par la "sotie", les jeux de mots des "Grands Rhétoriqueurs", Rabelais, Tabarin ou Thomas Gueullette, les "entrées de clowns" recueillies par Tristan Rémy… Et, évidemment, tout ce que l’on pourrait inventer, des chauds-froids lyrico-grotesques à des petits poèmes, harangues et boniments pour secouer un peu le réel.

A Marseille, au cours d’un stage que nous avons fait à la Minoterie, on s’était donné, avec Jean-Louis Hourdin, le projet de réaliser en un mois le rêve d’une petite communauté provisoire qui envahirait un espace. Inventer une population qui vienne squatter un bistrot, ou un autre lieu de rassemblement. Ce serait un peu ça ce projet de Même pas mort… Continuer sur cette lancée…

Tentative de définition du théâtre par Jean-Louis : « Des gens tout seuls se rassemblent pour célébrer leur solitude tous ensemble ».

Cette femme à Marseille qui pleurait, la femme sur un trottoir, devant le tabac, immobile, toute à ses pleurs. Chacun passe, chacun fait comme s’il ne la voyait pas et se retourne ensuite furtivement. Ne voit rien d’autre qu’elle, immobile, qui pleure. L’on se disait qu’il serait bien de se raconter l’histoire de ses larmes. Des petites vies qui viendraient se raconter, des surgissements de ceux qui n’ont jamais la parole et se lèvent pour la prendre tout à coup parce qu’il n’y a plus rien d’autre à faire.

Comment des gens peuvent se dresser dans l’énergie de la faiblesse.

Des petites biographies fictions. Des bouts de vie dans lesquelles on entre, des bouts de vie qui imposent leur rythme, leur nécessité. Des rencontres, des perturbations, des accidents. Ce qui dérape ne va pas de soi, ne peut tenir debout, ne peut s’installer.

Une nouvelle Internationale, des slogans comme des spasmes. Du rêve à vau-l’eau. Des sons, des cris, des interjections, des insultes à inventer. Et des anathèmes, invectives, litanies et comptines. Et puis aussi des chansons. Et des adresses différentes à qui de droit et aux autres.

Des paradoxes qui se retournent et ne retombent jamais sur leurs pieds.

Des boniments, des mots de désordre, des slogans pour rêver. Des brèves de comptoir et des maximes de zinc.

« Ce n’est pas le personnage, c’est l’acteur qui impose le silence. » K.M. Grüber

On commence à imaginer, au départ du spectacle, un spectateur qui serait là et se demanderait pourquoi il est venu. Pourquoi il est là. Et il nous expliquerait comment il en est arrivé là.

Ce serait du « théâtre à brûler ». La peur au ventre. Et puis une drôle de joie.

« Non pas les formes, mais la moelle des formes. » F. Garcia Lorca

« Et en même temps dire chaque phrase comme si le monde entier devait entendre ce qui est proféré, sinon le monde va s’effondrer ou c’est vous qui allez tomber plus bas que la terre. Et il est évident que si cela n’est pas dit, vous allez mourir sur place. »

Eugène Durif / Jean-Louis Hourdin