Dans sa pièce Nous, les héros l’auteur dramatique Jean-Luc Lagarce détermine le lieu de l’action de la manière suivante : « La scène se passe dans un
théâtre, dans ce qu’il en reste, dans les coulisses d’un théâtre, dans ce qui sert de théâtre dans cette ville-là, une salle du comité des fêtes, La Grande Brasserie, Le Café
des Voyageurs, juste un entrepôt, une cour ou un recoin de cour. Cela se passe au centre de l’Europe. » Comme l’épigraphe de la pièce il utilise la première phrase du
Journal de Franz Kafka de 1910 : « Les spectateurs se figent quand le train passe (…) » Ainsi l’auteur nous donne la clé pour comprendre Nous,
les héros - c’est un dialogue avec Kafka, mais en même temps une création individuelle. La pièce qui contient très peu d’indications scéniques, commence par une brève
remarque : « Ils sortent de scène ». C’est une pièce qui parle du théâtre et de la vie des acteurs ambulants, mais pas seulement – elle parle de la guerre,
des gens sans patrie, de l’incertitude à propos de l’avenir.
« Être fragile et désemparé devant les bruits de la guerre, les bruits avant-coureurs de la guerre, les bruits effrayants et si proches de la guerre, les entendre et ne pas
savoir les traduire, les prendre et les donner, en rendre l'exacte incertitude. Être là, incapable de dire la vérité, » écrit Lagarce en 1994. La guerre dont on parle dans
Nous, les héros peut être vue comme la Première ou la Seconde Guerre Mondiale, ou bien la Guerre du Golfe, ou bien une guerre imaginaire qui n’a pas encore eu lieu.
Ainsi la pièce de Lagarce résonne bien avec le moment présent, l’année 2009 où « les bruits avant-coureurs de la Guerre » sont devenus une partie de notre vie
quotidienne grâce aux médias et la peur de l’avenir et la panique à propos la dépression économique touche chacun d’entre nous.