L’intonation a en elle une idéologie, plus que le mot lui-même.”
Anatoli Vassiliev
De cendre et de fureur
Dans ce monologue, Valérie Dréville, comédienne formée par Antoine Vitez, retrouve un metteur en scène dont elle est très proche, jusqu’à avoir passé une année dans son
laboratoire théâtral. Dans la méthode de Vassiliev “ce n’est plus à travers les sentiments que l’acteur transmet la pièce ou son rôle, mais à travers la parole. Et, si c’est à
travers la parole, il faut trouver comment parler ; tout le travail part de là ” explique celle qui fut également l’Electre de Sophocle.
“Médée-Matériau est surtout un travail. Il ne se fixe pas, il doit toujours être en processus, en expérience. C’est une expérience ! Pour que
cela le soit pour le spectateur, il faut que cela le soit pour moi. Donc tout est toujours remis en question, et je peux presque dire que les représentations, pour moi, sont des
répétitions.” Avec Valérie Dréville, Médée irradie de fureur et de douleur, trouve des résonances déchirantes dans un entre-deux entre l’humain et l’inhumain. Médée trahie,
dépouillée, égarée, consacre un rituel de femme répudiée et de mère infanticide.
“La parole est acte comme dans un rituel magique. Elle est incantatoire et s’inscrit dans le réel. La parole est la grande force de Médée, elle lui permet de devenir elle-même
puisqu’elle en a été privée à partir du moment où elle trahit sa patrie, son peuple, sa famille ; elle est partie avec Jason dans une sorte d’illusion. Là, elle
retrouve cette réalité.”
Raymond Paulet