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Propos sur la Mise en scène

Le théâtre est un espace particulier en ceci qu’il a un rapport direct, immédiat avec l’humain. Je me suis mis à la place de Maryse. Je voulais parler des femmes et transmettre un regard, une vision, un questionnement de femme, dans ce monde organisé par et pour les hommes depuis si longtemps. Pourquoi raconte-t-elle tout ça ?

A la première lecture de la pièce, j’ai eu envie de prendre la main de Maryse pour l’aider. Maryse est une femme simple, au sens noble du terme. Elle s’exprime avec sa logique à elle. Je me sens proche d’elle. Je la ressens comme quelqu’un qui parlerait avant de réfléchir, qui est spontanée. Et pourtant, c’est très clair ce qu’elle raconte...

La solitude de Maryse est à la fois tragique et comique. C’est là la force du texte de Serge Valletti : la fragilité du personnage de Maryse. On se reconnaît dans l’absurde des situations que vit Maryse. On rit parce qu’on est touché et bousculé au plus profond de nous-même. Il y a de l’humanité dans ce texte.
La structure que nous propose Valletti est basée sur le questionnement intérieur de Maryse entremélé avec les «histoires-souvenirs» qu’elle nous raconte. Son langage est très proche de nous. Et le texte est très fluide

Il fallait créer un univers : celui de Maryse.
J’ai alors pensé que le décor dans lequel elle évoluerait serait en quelque sorte « minimaliste-essentiel », pour donner l’image d’un chez-soi et garder une dimension symbolique et théâtrale. J’ai donc imaginé un espace neutre autour duquel sont disposés des éléments «essentiels» : un porte-manteau, une table, deux chaises, un bouquet de fleurs et une petite table devant laquelle elle se maquille. Et dans cet espace, Maryse vient théâtraliser ses moments à elle. Car Maryse joue à être : elle n’est pas que narratrice, elle est aussi protagoniste de ce qu’elle nous raconte. Donc cet espace «entre-deux», ni abstrait, ni très réaliste est devenu son univers.

Pour renforcer le rapport intime entre le public et Maryse, j’ai inséré des temps de pause dans le récit. Ils suspendent la réflexion.
Alors on entend la Voix-off de Maryse, confidente, murmurant à l’oreille des spectateurs comme pour leur raconter son histoire à chacun d’entre eux, un par un. Et pendant ce temps Maryse erre dans la pénombre comme un fantôme. Elle installe lentement le «décor» de sa prochaine histoire. Puis le portrait de Maryse apparaît sur le rideau. Elle regarde Maryse qui la regarde. Elle regarde aussi le spectateur. On est dans l’entremêlement de ses pensées. Comme si elle nous posait des questions. On est troublé. On est au cœur de l’intimité de quelqu’un.

J’ai aussi voulu de la couleur. Maryse pétille : elle est habillée très colorée, un peu comme au temps des «Yéyés», mais au bord de la Méditerrannée. Et elle écoute «Are you lonesome tonight», version karaoké. Elle chante aussi. Puis c’est Elvis Presley qui chante, pris d’un fou rire incontrôlable. Maryse, elle, enlace sur ce slow son homme imaginé. Maryse continue de se jouer son Jean-Louis Mac Laren qui ne viendra jamais.

Alain Khouani