Biologiquement, la survie passe par l’adaptation. Je ne pourrai pas faire l’impasse sur l’aspect "littéraire" de ce travail, pourtant c’est sous l’angle biologique que je
l’aborderai.
Je ne trahirai pas Zorn en disant que son cancer est l’expression de son rapport au monde, ou plus précisément, l’expression du rapport de son corps à son âme. Le sédatif qu’il a
posé sur sa conscience (cette "politesse" / "gentillesse" / "comme il faut") a forcé son corps à le rappeler au monde avec d’autant plus de violence que le sédatif était puissant.
Le résultat est littéralement révolutionnaire : sa mort deviendra "le déclin de l’Occident".
Mon adaptation suivra la voie suivante : trouver ma place à l’intérieur de cet "essai" afin qu’il m’appartienne totalement, que je le contamine comme il m’a contaminé. Un
point de départ : à l’instar de tous ceux qui ont aimé – peut-on l’aimer ? – ce récit, mon impression de proximité avec l’auteur a été bouleversante. Je n’ai
pas vécu au bord de la « Rive dorée » du lac de Zurich, je ne suis pas issu d’un milieu aisé ou favorisé (une mère institutrice et un père chauffeur de taxi) et pourtant, dès
la première lecture il y a dix ans, le coeur de cette oeuvre a été le mien et je ne rêve depuis que d’une chose : le montrer.
Il y a, dans la phrase qui précède, une ambiguïté syntaxique qui n’aura pas échappé au lecteur : une éventuelle faute d’accord du pronom le dans le syntagme le
montrer. En effet, montrer le coeur d’une oeuvre contient son propre sens artistique et je pourrais m’en contenter. Or, s’il est une voie que Fritz Zorn a tracée, c’est celle
de la vérité, opposée au mensonge ; du regard vrai, platonicien, que les ombres de la caverne ne satisfont pas. Il y a le risque, bien sûr, de se brûler à trop
contempler la lumière mais le danger de cette cécité n’est rien comparé à l’aveuglement obtus provoqué par les chimères. Zorn expose son coeur, je l’exposerai.
Stefan Delon