“Ce sera une comédie, ce sera une tragédie,
aucune importance tant que c’est une vraie pièce.”
Manhattan Medea
New York, Manhattan, devant l’entrée de service d’une riche maison de la Cinquième Avenue, Médée attend, seule.
Vingt-cinq siècles après la Corinthe d’Euripide, amoureuse du même Jason, elle est toujours rebelle, passionnée, utopiste même, au coeur d’un nouvel empire.
Depuis combien de temps est-elle là ? Une éternité à attendre qu’une porte s’ouvre. Est-elle tout à fait humaine ? Un fantôme peut-être ? Tant de Médées l’ont
précédée, il doit bien y avoir un fantôme quelque part : “ Votre contour au même endroit. Est-ce de la chair et du sang ?”
Mais à New York, aujourd’hui, on ne croit plus aux fantômes. Médée de Manhattan n’est pas une prêtresse au savoir terrifiant, ni la petite-fille du Soleil. Celui qu’elle attend,
Jason, n’est pas le héros d’une quête fantastique.
Dans Manhattan Medea, Médée et Jason sont tous les deux des étrangers, des clandestins, des sans-papiers fuyant la guerre pour survivre. Un mac et sa putain unis dans
leur errance.
Et cependant la tragédie de Dea Loher, ancrée dans son époque, reste fidèle à celles d’Euripide et de Sénèque. La fin des mythes a sonné depuis longtemps mais le sacré n’a pas
disparu. C’est le regard posé sur une photo d’exilés prise sur Ellis Island que Dea Loher a composé sa tragédie. Une tragédie de la passion et de l’exil.