Mamie Ouate, lilliputienne blanche, matinée Tartine Mariol et vieille dame indigne est une entomologiste qui rêve de capturer “Virginia” l’énigmatique femelle Zalmoxis, un
papillon dont les mâles se comptent par milliers.
Sur l’île Blupblup, où elle a planté son laboratoire ambulant, elle est aidée par le seul habitant, ou le seul survivant, un géant noir du nom de Kadouma qui troque les services
qu’il rend à Mamie Ouate contre du crabe et du foie gras.
A travers ces contraintes que sont le blanc et le noir, le grand et le petit, le Nord et le Sud nous avons voulu dire des choses pas forcément très gaies : que lorsqu’on se trouve dans la différence il faut savoir mentir pour survivre, faire face, qu’il faut savoir faire de sa différence une force, que s’il est globalement vrai que notre vie est écrite d’avance sociologiquement, il reste toujours une petite part de liberté qui peut faire tout basculer et nous donne la possibilité d’être les écrivains de notre vie.
Mettre ensemble Mamie Ouate et Kadouma c’est faire allusion à ce qui sépare mais aussi à ce qui unit. Parce qu’enfin on peut protéger comme des espèces en voie de disparition ou
exclure le lilliputien et le géant, l’inuit et le mohican, le troglodyte et le sans-abri, il leur restera toujours le pouvoir de l’imaginaire. (…)
Au bout “du conte”, nos deux compères auront accompli un voyage initiatique et auront touché du doigt quelques mystères de la relativité et appris que deux et deux ne font pas
toujours quatre, que le blanc n’est pas toujours blanc et que pour trouver le centre du monde il suffit parfois de suivre le bout de son nez.
Joël Jouanneau, 1990
Lorsque le Théâtre du Jeu de Paume m'a demandé de reprendre la mise en scène de Mamie Ouate en Papoâsie, j'ai d'abord pensé à l'étrange épisode de ma vie qui devait conduire, voici près de douze années, à l'écriture de cette pièce. Je ne pensais pas alors, mais alors pas du tout, que j'écrirai un jour des textes à destination des enfants. (…) Je commençais à me trouver complaisant avec moimême, trop enclin à lécher mes plaies, je me suis alors décidé à jeter ce désespoir charlatan dans la corbeille et j'ai opté pour le conte.
Joël Jouanneau, octobre 2000